La chaleur augmente. Les cabines deviennent inhabitables. Il faut
laisser le ventilateur fonctionner toute la nuit. Fièvre et soif. Dans
cette étuve, brusquement, un souffle venu du hublot vous glace le
visage. Baigné de sueur, je n’ai cessé de me rouler et de m’agiter sur
ma couchette. Puis je suis monté sur le pont.
Un ciel d’aube. D’énormes continents noirs entourent des mers
iridescentes, verdâtres, rose cendré. Au ras de l’horizon, tranchant
l’eau sombre, une langue de feu rousse. Une plaie qui s’élargit avec
lenteur. Un chaos de gris et de mauve à l’ouest.
Puis la plaie rouge devient un golfe d’or bordé d’Alleghanys énormes et
violacés. La lumière monte des eaux. La mer irradie un soleil intérieur.
L’Atlantide, engloutie, brûle.
Maintenant une chaîne de montagnes déchiquetée, vallons de feu, crêtes
embrasées. Le violet, l’orange, le pourpre brassés en des alliages
surnaturels.
Un mirage surgit: des palais, des portiques, des Alpes opalines, des
lacs d’un vert si translucide qu’on peut découvrir à travers cette
clarté des perspectives étonnamment lointaines et l’autre côté du monde.
Une main de clarté passe sur la mer. Une nappe de substance radieuse,
immatérielle, qu’on ne saurait comparer ni à un métal fondu, ni à aucune
liqueur: un mouvement argenté, une étendue frissonnante et pâle comme si
la surface de l’eau reflétait un second ciel intérieur.
Puis les bords du golfe s’écartent. Un serpent de feu les ourle et les
définit en lumière. Soudain, toute cette clarté se rassemble, au foyer
d’une lentille, sur un point de l’horizon.
La ligne noire de la mer coupe le golfe, corde tendue. Un rayon fuse, un
trait de flamme, la flamme qui jaillirait d’un geyser de platine
incandescent. Le vent se lève, froid.
Le soleil sort de l’océan, l’épaule première.
Le feu de misaine est encore allumé et se balance très haut, étoile
jaune sur un vaste disque pipermint.