NUIT SUR LE DECK

Chaque soir, la Grande Ourse descend un peu plus sur l’horizon. De

l’autre côté du monde, de nouvelles étoiles se lèvent. Le navire a deux

yeux, l’un vert, l’autre rouge. Au sommet du mât d’avant, un fanal fixe

qui semble un astre plus proche et plus jaune. On reste tard étendu sur

les chaises-longues. Les risées sifflent à travers les cordages: les

lames s’ouvrent sous l’étrave avec des déchirements de soieries et des

cascades de pierreries phosphorescentes. L’air qu’on respire fleure de

lointaines Florides. Les lampes du deck et de la timonerie sont

éteintes. Au-dessus de nous la voie lactée se déroule comme le sillage

renversé de notre navire. C’est la nuit que le paquebot raconte ses plus

belles histoires. La griserie du voyage envahit tous ces inconnus qu’un

destin différent réunit pour les séparer. La splendeur de ces heures est

plus émouvante du sentiment qu’elles sont uniques et brèves. L’ivresse

de la traversée est amère, comme la saveur des lèvres que le souffle

marin a mordues.

Le pot au noir · 第 19 / 90 题