Mon admiration est également excitée à la fois par le spectacle de cet
asile vénérable, et par celui des êtres vertueux qui l'habitent. En
voyant ces purs esprits sans cesse plongés dans la plus profonde
contemplation, à l'ombre de ces arbres immortels; tantôt occupés à se
purifier dans une eau limpide et toute brillante de la poussière dorée
du nénuphar sacré; tantôt ravis en extase au sein de ces grottes
silencieuses ornées par la nature elle-même de roches étincelantes, je
m'écrie: «Oui! ce n'est que dans ce séjour qu'habite la sainteté.»
Le héros, descendu dans les bois qui entourent l'asile sacré, aperçoit
un enfant (c'est son fils, le fils de Sacountala réfugié et élevé
dans cet asile). L'enfant joue avec de petits lionceaux, malgré les
reproches de deux jeunes filles du monastère qui s'efforcent de le
faire obéir à leur voix.
LE HÉROS, regardant du côté d'où il a entendu partir les voix.
Quoi! c'est un enfant (mais un enfant qui déjà semble déployer la
vigueur d'un homme); il se révolte contre deux jeunes filles de
l'ermitage qui cherchent en vain à le faire obéir. Le voilà qui, d'une
main nerveuse, entraîne malgré lui un petit lionceau qu'il vient
d'arracher à moitié repu à la mamelle de sa mère, et dont la crinière
est encore tout en désordre.
L'ENFANT, souriant.
Allons, petit lionceau, ouvre ta gueule bien grande, que je compte tes
dents.
(Les femmes continuent en vain à gourmander l'enfant.)