SACOUNTALA.

Dans cet instant, mon petit faon favori était auprès de nous: «Bois le

premier,» lui dis-tu avec douceur, en lui tendant la coupe végétale;

mais le timide animal, peu habitué à ta vue, n'osa pas s'incliner pour

boire, tandis qu'il but sans défiance quand je pris la coupe de ta

main, et que je la lui tendis dans la mienne. Sur quoi tu t'écrias en

souriant: «Il est donc bien vrai qu'on ne se fie qu'à ceux qu'on aime,

et tous deux vous êtes habitants des mêmes bois!»

Le héros toujours incrédule, se retournant vers les femmes âgées

témoins de cette scène:

«Vénérables femmes, on dirait que la ruse est un défaut inné dans le

sexe féminin, même parmi les êtres étrangers à notre espèce? Voyez la

femelle du cokila: avant de prendre son vol libre et vagabond dans les

airs, ne dépose-t-elle pas ses oeufs dans un nid étranger, laissant à

d'autres oiseaux le soin de faire éclore et d'élever ses petits?»

Sacountala se répand en reproches désespérés contre la cruauté d'un

époux qu'elle ne sait pas avoir été aveuglé par les dieux, mais

qu'elle croit perfide. Les religieux qui l'accompagnent commencent à

douter de sa sincérité, et menacent de l'abandonner à la merci du roi,

qu'elle est venue affronter avec tant d'audace.

«Brahmanes!» leur dit le roi, «n'entretenez pas cette jeune femme dans

son erreur, jamais je ne fus son époux. Voyez,» ajouta-t-il en

empruntant au règne végétal de ces climats une de ses plus conjugales

images:

«Voyez: l'astre des nuits se contente de faire épanouir de sa douce

lumière la fleur odorante du _conmonda_, sans toucher de ses rayons le

lotus azuré, que l'astre du jour seul réveille à son lever par la

chaleur de ses regards. Ainsi l'homme vertueux et maître de ses

passions doit détourner avec soin, comme je le fais, ses regards de la

femme étrangère!»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 248 / 339 题