Nous avons laissé la belle Sacountala au moment où elle faisait ses
adieux à l'anachorète pour s'acheminer vers la capitale. Elle espérait
y retrouver, avec son titre d'épouse, l'amour du héros devenu roi:
tout présageait à Sacountala une réception triomphale et la suprême
félicité. Une suite nombreuse de religieuses du monastère où elle
était née, et de compagnes de son heureuse enfance, l'accompagnait à
la cour.
Mais une divinité jalouse avait enlevé par un maléfice la mémoire au
héros son époux. Quand elle se présente au palais, il l'admire, mais
il ne la reconnaît pas. Pour comble de malheur, l'infortunée
Sacountala avait laissé glisser de son doigt l'anneau nuptial, signe
auquel le héros avait juré de la reconnaître toujours. Les scènes de
cette reconnaissance, en vain implorée par l'épouse, cruellement
refusée par le héros, sont aussi déchirantes que pittoresques. Elles
rappellent avec moins de simplicité et autant de pathétique les scènes
de l'histoire de Joseph dans la Bible. Sacountala réveille tous les
souvenirs à demi effacés des temps heureux qu'elle a passés avec le
héros dans les délices de l'ermitage.
«Voyons, dit le héros, quelle fable vas-tu inventer encore pour me
convaincre?»