I.

Nous avons laissé la belle Sacountala au moment où elle faisait ses

adieux à l'anachorète pour s'acheminer vers la capitale. Elle espérait

y retrouver, avec son titre d'épouse, l'amour du héros devenu roi:

tout présageait à Sacountala une réception triomphale et la suprême

félicité. Une suite nombreuse de religieuses du monastère où elle

était née, et de compagnes de son heureuse enfance, l'accompagnait à

la cour.

Mais une divinité jalouse avait enlevé par un maléfice la mémoire au

héros son époux. Quand elle se présente au palais, il l'admire, mais

il ne la reconnaît pas. Pour comble de malheur, l'infortunée

Sacountala avait laissé glisser de son doigt l'anneau nuptial, signe

auquel le héros avait juré de la reconnaître toujours. Les scènes de

cette reconnaissance, en vain implorée par l'épouse, cruellement

refusée par le héros, sont aussi déchirantes que pittoresques. Elles

rappellent avec moins de simplicité et autant de pathétique les scènes

de l'histoire de Joseph dans la Bible. Sacountala réveille tous les

souvenirs à demi effacés des temps heureux qu'elle a passés avec le

héros dans les délices de l'ermitage.

«Voyons, dit le héros, quelle fable vas-tu inventer encore pour me

convaincre?»

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 245 / 339 题