SACOUNTALA.

Parfaitement senti, ma chère Preyamvada!

LE HÉROS DOUCHMANTA, à part.

Ah! ne faut-il pas que le vénérable ermite ait perdu, par l'âge,

l'intelligence, pour souffrir que de si grossiers vêtements

enveloppent un si beau corps?

Assujettir une telle beauté à de pareilles austérités, une beauté qui,

sans aucun artifice, enlève à l'instant tous les coeurs, c'est être

aussi insensé que si l'on voulait fendre le tronc de fer de l'arbre

_lami_ avec le tranchant délicat de la feuille du lotus!»

(La jeune fille, qui se croit inaperçue, fait desserrer par sa

compagne le tissu d'écorce qui gêne sa respiration.)

«Quoique formé de petites mailles très-serrées,» continue à chanter le

héros, «le tissu d'écorces, négligemment jeté sur ses blanches

épaules, ne peut déguiser entièrement les contours de sa taille: telle

la fleur à demi voilée par les feuilles jaunissantes déjà flétries

autour de son calice. La coupe du lotus, entrevue à travers le réseau

verdâtre des plantes aquatiques, n'est pas moins ravissante; les

taches disséminées sur le disque argenté de la lune font davantage

ressortir sa splendeur. Ainsi, cette belle fille, sous son voile

d'écorce, n'en paraît que plus séduisante à mes yeux.

SACOUNTALA, sans voir le héros.

Ô mes chères soeurs! ce charmant arbuste ne semble-t-il pas me faire

signe de ses rameaux flexibles, que l'on prendrait pour autant de

jolis doigts dans la mobilité que leur imprime le zéphyr? Voyons, il

faut que je m'en approche.

(Elle y court.)

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 207 / 339 题