Le char vole.--Près d'atteindre une gazelle qui s'est levée au bruit,
un cri d'effroi s'élève de derrière un rideau d'arbres: «Épargnez la
gazelle!» L'écuyer resserre les rênes, un ermite paraît, joignant les
mains en signe de supplications pour le pauvre animal.
«Ô roi, dit l'ermite, cette douce gazelle apprivoisée appartient à
l'ermitage; ne la tuez pas, ne la tuez pas!--Arrête les coursiers,»
dit le roi à l'écuyer qui murmure.
--«Oui, grand prince,» dit l'ermite, «cette gazelle est nourrie dans
notre ermitage. Que le ciel écarte de son flanc le trait du chasseur!
Une flèche dans un corps aussi tendre serait comme la flamme dans une
touffe de coton. Qu'est-ce que l'existence fugitive de ce frêle
animal, comparée à la pointe acérée de tes traits?
«Replace donc promptement dans le carquois cette flèche meurtrière.
Vos armes, ô rois! ne doivent être employées que pour protéger le
faible, et non pour donner la mort à l'innocent.
DOUCHMANTA, avec respect.
La voici dans le carquois.
(Il l'y replace en effet.)
L'ERMITE, avec joie.
Pouvait-on moins attendre d'un noble descendant de Pourou, d'un
monarque aussi accompli? Non, tu ne démens pas cette illustre origine.
Puisse le ciel t'accorder un fils doué de toutes les vertus, un fils
digne de régner un jour sur le monde entier!