Parlons d'abord des Indes poétiques.
Le grand rideau qui nous cachait tout un monde, s'est déchiré sur
l'antique Orient à deux époques récentes. Le rideau qui nous dérobait
la Chine, ses religions, sa philosophie, son histoire, sa prodigieuse
civilisation à peine soupçonnée des Grecs et des Romains, comme une de
ces planètes lointaines dont les astronomes aperçoivent, à travers des
distances infinies, quelques lueurs. Les Portugais et les Vénitiens
furent les Christophes Colombs qui découvrirent à l'Europe ce nouveau
monde. Les missionnaires jésuites du siècle de Louis XIV furent ceux
qui l'explorèrent, et qui nous en rapportèrent fidèlement alors les
merveilles dans des travaux qui ne seront jamais surpassés.
Le rideau enfin qui nous cachait les Indes, rideau qui s'est déchiré
plus récemment, qui se déchire de jour en jour davantage par la main
des savants anglais, depuis le jour où les armes de l'Angleterre ont
accompli cette conquête des Indes, rêvée seulement et à peine ébauchée
par Alexandre. Chaque jour nous apporte, depuis ce jour, de nouvelles
lumières, de nouvelles langues, de nouveaux monuments de cette région,
berceau des philosophies, des poésies, des histoires; véritable _Éden_
des littératures antiques retrouvées au pied de l'Himalaya, aux bords
du Gange et de l'Indus.
Comme l'hiéroglyphe et le papyrus de l'Égypte, les monuments et ces
langues mystérieuses qui contiennent un secret dans chaque mot, ne
nous ont pas tout dit encore; écoutons d'abord, néanmoins, ce qu'elles
nous ont dit déjà de plus antique, de plus saint et de plus beau. Nous
conjecturerons librement le reste. Des foules de traducteurs
studieux, acharnés à l'intelligence des livres indiens, _sanscrits_,
comme des ouvriers à la fouille des sphinx dans le désert du Nil, ne
nous laissent plus manquer de texte pour nos études sur la littérature
des Indes. Nous avons parlé déjà des _Védas_.