Dans sa _Victoire_ du 6 avril, Hervé, cherche à répondre aux murmures
qui circulent de plus en plus nettement en France, sur le fait qu'on
épargne les riches et qu'on sacrifie les pauvres, en publiant la liste
suivante des fils et gendres de généraux tués à l'ennemi:
Le général de Castelnau a perdu 3 fils; Foch, 1 fils et 1 gendre;
Dessirier, 3 fils; de Pouydraguin, 2 fils; Renouard, 2 fils; de
Lardemelle, 2 fils; Nayraud, 2 fils; Ganeval, tué lui-même aux
Dardanelle, 1 gendre; Bailloud, 1 fils et 1 gendre; de la Nouvelle, 2
gendres; de Maudhuy, 1 fils; Damade, 1 fils; Ebener, 1 fils; de Benoit,
1 fils; Bonal, 1 fils; de Mondésir, 1 gendre; de Bassard, 1 gendre;
Falque, 1 fils; Margoulet, 1 fils; Chaey, 1 fils; le contre-amiral Amet,
1 fils; le général de Morlincourt, 1 gendre; Louis, 1 fils; Corvisard, 1
fils; Delestrac, 1 fils; Delestapier, 1 fils; Bonfait, 1 fils;
Dieudonné, 1 fils.
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Les Prix Nobel (_Suite_).
Les prix Nobel ont encore un autre avantage: ils rappellent, chaque
année, l'attention vers une des plus expressives figures de l'humanité
contemporaine, celle de leur fondateur. J'ai parfois entendu dire ceci:
Nobel était tout simplement un industriel, qui a réussi à édifier une
immense fortune, en profitant de la rage sanguinaire qui porte les
hommes à s'entre-tuer, et les prix qu'il a fondés ne sont qu'une réclame
posthume, ou peut-être le fruit d'un remords tardif. Pour parler ainsi,
il faut ne rien savoir de la vie de cet homme, poursuivie dans un labeur
incessant et au milieu des plus terribles dangers; il faut n'avoir
jamais connu sa bonté, qui retombait autour de lui en pluie généreuse;
il faut, surtout, n'avoir jamais vu transparaître son âme rêveuse et
humanitaire dans les lettres qu'il échangea pendant vingt ans avec Mme
Bertha von Suttner, l'apôtre allemand de la paix internationale. C'est
un fait, paradoxal en apparence, que ceux qui ont créé les plus
formidables engins de destruction et de mort ont vu dans leur oeuvre le
moyen le plus pratique et le plus sûr d'assurer la paix entre les
peuples: John Ericsson, le grand constructeur des _monitors_ et des
_destroyers_, déclarait que ces engins avaient «pour but principal de
rendre impossible la guerre maritime, et de faire reconnaître par toutes
les nations la neutralité de la mer», et il ajoutait: L'art de la guerre
est encore dans l'enfance. Perfectionné, il obligera l'homme à vivre en
paix. Ce but sublime, qui a toujours été le rêve chéri de ma vie, sera
atteint, je l'espère, avant la fin de ce siècle.»
Et Nobel écrivait, de son côté: «Plus les moyens de destruction seront
terribles, plus on évitera d'assumer la responsabilité d'une déclaration
de guerre: du jour où deux armées pourront, par la découverte
d'explosifs perfectionnés, s'entre-détruire complètement, toutes les
nations civilisées reculeront avec effroi devant les conflits
belliqueux.»
Ainsi, c'est dans l'âme de ces grands destructeurs qu'il faut aller
chercher la petite fleur bleue[1]. Mais on peut trouver autre chose
encore dans la vie d'Alfred Nobel: une grande et belle leçon
d'opiniâtreté et de courage.
[Note 1: Une preuve encore: Nobel fut profondément épris, dans sa
jeunesse, d'une jeune fille que la mort lui enleva; il ne se maria
jamais.]
Il avait, d'ailleurs, de qui tenir; son père, Emmanuel Nobel, l'avait
précédé dans l'étude des explosifs; il avait construit, pour la Russie,
les premiers modèles pratiques de torpilles sous-marines qui, immergées
à l'embouchure de la Neva, firent reculer la flotte anglaise pendant la
guerre de Crimée; ses travaux, qui le firent passer par des alternatives
de fortune et de noire misère, se poursuivaient au milieu
d'épouvantables dangers, dont nous n'avons plus l'idée, aujourd'hui
qu'une technique prudente permet de manier aisément les plus formidables
explosifs: c'était le temps où notre compatriote, le grand physicien
Dulong, se faisait enlever la moitié de la main en étudiant le chlorure
d'azote. Emmanuel Nobel produisait, dans sa maison de Stockholm où il
procédait à ses essais, de si dangereuses détonations, qu'il fut
contraint d'aller les continuer sur un chaland amarré à quelque distance
du rivage. C'est au milieu de ces dangers qu'Abel Nobel grandit; il
devait en connaître de pareils pendant une grande partie de sa vie; en
1867, son laboratoire d'Helsingborg sauta, et il retrouva dans les
décombres plusieurs cadavres atrocement mutilés, parmi lesquels était
celui de son frère cadet Oscar.
(_A suivre_)
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