SURINTENDANTS DES FINANCES DE 1594 A 1653.

Il est souvent question, dans ces _Mémoires sur Fouquet_, des

surintendants qui l'avaient précédé; il ne sera donc pas inutile d'en

donner ici la liste, de 1594 à 1653, d'après les Mémoires inédits

d'André d'Ormesson. Ce magistrat, père du rapporteur du procès de

Fouquet, avait été en relation avec tous les surintendants dont il

parle. Aussi a-t-il intitulé ce chapitre: _Les surintendants des

finances que j'ai vus et connus_.

«Quand le roy Henry IV entra dans Paris, au mois de mars 1594, il fit

messire FRANÇOIS D'O, seigneur de Fresnes, gouverneur de Paris et

surintendant des finances, lequel mourut en l'an 1595. Après sa mort,

plusieurs furent employés aux finances. Messire NICOLAS DE HARLAY,

seigneur de Sancy, luy succéda en cette charge; et, ayant parlé trop

librement au roy sur son mariage avec la duchesse de Beaufort[1658], il

fut disgracié; et fut mis en sa place, en l'année 1598[1659], messire

MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, marquis de Rosny, qui, estant fort rude et fort

mesnager, paya les dettes du roy, tant envers les estrangers que les

François, remplit son arsenal de canons et d'armes pour armer cinquante

mille hommes, et la Bastille, dont il estoit gouverneur, de quantité

d'or et d'argent. Il fut aussy grand-maistre de l'artillerie et duc de

Suilly, et, ayant gouverné les finances avec un pouvoir absolu, lorsque

le roy Henry IV décéda, en mai 1610, il fut disgracié en 1611, par MM.

de Sillery, chancelier, Villeroy, secrétaire d'Estat, et le président

Jeannin, qui ne le pouvoient souffrir à cause de sa rudesse et paroles

insolentes.

«En la place dudit duc de Suilly, au lieu du surintendant, fut composée

une direction de finances, composée de sept personnes: de MM. de

Chasteauneuf, président de Thou, président Jeannin, Maupeou, Arnauld,

Bullion et Villemontée. Cette direction rapportoit, tous les samedys, ce

qu'elle avoit fait pendant la semaine, devant M. le chancelier de

Sillery, où toutes les despenses estaient arrestées. Cet ordre dura

jusqu'au mois de mai 1616, que le président Jeannin, lequel avoit

tousjours esté contrôleur général des finances, depuis l'établissement

de la direction, fut fait surintendant des finances, et, son gendre, M.

de Castille, intendant.

«PIERRE JEANNIN, président autrefois de Bourgogne, fut fait surintendant

des finances en l'année 1616, et bailla son contrôle général à Claude

Barbin, favori et confident du mareschal d'Ancre, lequel Barbin usurpa

toute l'autorité dans les finances et les affaires d'Estat, et demeura

en cet estat jusqu'au 14 avril 1617, que ledit mareschal d'Ancre fut tué

sur le pont du Louvre, auquel jour il (Claude Barbin) fut arresté

prisonnier et mis dans la Bastille. Le président Jeannin reprit lors la

surintendance des finances et fit son gendre, M. de Castille, intendant

et contrôleur général.

«Le comte de SCHOMBERG fut fait surintendant des finances à Tours, au

mois de septembre 1619, et y demeura jusqu'au mois de janvier 1623,

qu'il fut disgracié et renvoyé en sa maison.

«Messire CHARLES, marquis de LA VIEUVILLE, fui mis en sa place. Il

estait fort entendu aux finances et très-puissant dans l'esprit du roy,

et, estant encore fort jeune, faisoit très-bien cette charge. Il avoit

esté capitaine des gardes et lieutenant de roy de Champagne et

gouverneur de la ville de Rheims. Il demeura en grande autorité depuis

janvier 1623 jusques en l'an 1624, que M. le cardinal de Richelieu fut

fait chef du conseil, lequel, ayant pris le dessus, le fit disgracier à

Saint-Germain-en-Laye, au mois d'aoust 1624, et fut envoyé prisonnier

dans le chasteau d'Amboise, dont il se sauva au mois d'aoust 1625.

«Messire JEAN BOSCHARD, seigneur DE CHAMPIGNY, et messire MICHEL DE

MARCILLAC furent faits surintendans des finances ensemble, audit mois

d'aoust 1624, et demeurèrent ensemble jusqu'au commencement de l'année

1626, que ledit sieur de Champigny fut mis au conseil des dépesches.

Messire Michel de Marillac demeura seul surintendant jusques au mois de

juin de l'année 1626 qu'il fut fait garde des sceaux de France, par la

disgrâce de M. le chancelier Halligre, renvoyé en sa maison de la

Rivière, près de Chartres.

«Audit sieur de Marillac succéda messire ANTOINE RUZÉ, seigneur

D'EFFIAT, qui fut fait surintendant des finances, au mois de juillet

1626, par la faveur du cardinal de Richelieu, et exerça cette charge

jusqu'en l'an 1632, qu'il mourut mareschal de France, commandant une

armée du roy dans l'Allemagne, près la ville de Strasbourg.

«Par son décès, furent faits ensemble surintendans messire CLAUDE

BULLION, ancien conseiller d'Estat, et messire CLAUDE BOUTHILLIER,

secrétaire d'Estat, et exercèrent cette charge ensemble jusqu'a la fin

du mois de décembre 1641, que M. de Bullion mourut. M. Bouthillier

demeura seul surintendant, et estoit un des six ministres qui ne

pouvoient estre changés pendant la régence[1660]. Néantmoins, au mois de

juillet 1644, il fut disgracié, et sa charge donnée à messire NICOLAS LE

BAILLEUL, président de la cour et chancelier de la reyne régent. CLAUDE

DE MESMES, sieur D'AVAUX, fut fiat surintendant avec ledit sieur le

Bailleul. Il fut presque à l'instant envoyé à Munster, plénipotentiaire

pour la paix, avec M. le duc de Longueville et M. Servien. Il a

tousjours esté employé dans les ambassades, vers les princes estrangers.

Je ne veux pas oublier de dire que la principale conduite et direction

des finances estoit, sous M. le président le Bailleul, entre les mains

du sieur Michel Particelle, seigneur d'Émery, contrôleur général des

finances. Les sieurs de Mauroy, de Charron et Maillier, intendans,

n'approchoient pas de son employ et autorité.

«Au mois de juillet 1647, ledit sieur président le Bailleul donna sa

démission de la charge de surintendant des finances, de laquelle fut

pourvu messire MICHEL PARTICELLE, seigneur d'ÉMERY, contrôleur général

des finances, lequel en presta le serment entre les mains de Leurs

Majestés, dans la ville d'Amiens, le jeudy 18 juillet 1647. Pour le

regard de M. d'Avaux, il estoit encore en ce mois à Munster,

plénipotentiaire pour la paix générale, avec M. le duc de Longueville et

M. Servien, plénipotentiaire comme luy. Ledit sieur d'Avaux fut

disgracié en juin 1648, et réduit (relégué) dans Roissy.

«Le 9 juillet, M. d'Émery fut disgracié et envoyé en sa maison de

Taulay, et le mareschal DE LA MEILLERAYE fait surintendant des finances,

et MM. Halligre et Morangis faits directeurs le mesme jour. Le président

le Camus, son beau-frère, estant tousjours contrôleur général des

finances, sans crédit, ayant perdu son appuy, M. d'Émery, son

beau-frère.

«En mars 1649, le mareschal de la Meilleraye quitta la surintendance;

et, en octobre 1649, MM. D'ÉMERY et D'AVAUX furent restablis dans leurs

charges de surintendans, et lors les directeurs signoient les arrêts du

conseil des finances avec eux; mais M. de Chasteauneuf ayant esté

restabli dans la charge de garde des sceaux, au mois de mars 1650, les

directeurs n'ont plus signé les arrests, ny esté appelés aux affaires de

conséquence concernant les finances. MM. d'Avaux et d'Émery résolvant

tout sans les y appeler, et toute l'autorité estoit entre les mains de

M. d'Émery, encore qu'il fust tousjours malade.

«Au mois de [mai] 1650, M. d'Émery estant décédé, la reyne donna la

charge de surintendant des finances, vacante par la mort dudit sieur

d'Émery, à M. le président DE MAISONS (RENÉ DE LONGUEIL), président de

la cour, et, au mesme temps, M. d'Avaux remit volontairement sa charge

de surintendant entre les mains de la reyne, ne se voyant pas aux bonnes

grâces de M. le cardinal Mazarin, qui ne communiquoit ses secrets

qu'audit sieur de Maisons, son bon amy, et fit une action de prudence et

de générosité tout ensemble, et a esté fort estimé. _Satius est cum

dignitate cadere quam cum ignominia servire_.

«Le 8 septembre 1651, M. le marquis DE LA VIEUVILLE fut restabli en sa

charge de surintendant des finances, vingt-sept ans après en avoir esté

despouillé, et fut mis en la place de René de Longueil, président de la

cour et seigneur de Maisons. Il trouva huit intendans des finances:

Mauroy, Tillier, Bordier, Foulé, Bordeaux, Gargan, Hervart et Marin.

«Le marquis de la Vieuville estant décédé le mercredy, second jour de

janvier 1655, MM. SERVIEN et FOUQUET furent faits surintendans des

finances, le samedy, 18 février 1655, et M. Mesnardeau-Champré,

troisième directeur, avec MM. Halligre et Morangis.»

Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, surintendant des finance et sur son frère l'abbé Fouquet · 第 203 / 211 题