Pages 1-5. Mémoire sur les droits de Fouquet en Bretagne.
--7. Mémoire d'affaires.
--9-11. Lettres adressées de Bordeaux relatives à la navigation et aux
approvisionnements de Belle-ÃŽle, t. I, p. 308 et suiv.
--13. Sur divers navires.
--15-20. Trois lettres de Pélagie de Rieux (madame d'Asserac). t. I, p.
264 et suiv.
--21. Billet d'amour attribué à madame du Plessis-Bellière. t. II, p.
292.
--22. Lettre de mademoiselle de Menneville à Fouquet, t. II. p. 195.
--24. Lettre d'une personne de la famille d'Aumont relative à des
affaires domestiques.
--26-27. Sur les fortifications du Havre.
--28-29. Lettre relative à la Bretagne.
--30. Avis donnés de la Rochelle sur ce qu'on dit de Belle-Île.
--32-36. Lettres de madame d'Huxelles à Fouquet, t. II, p. 135 et suiv.
--37. Lettre de mademoiselle de Menneville à la femme la Loy, t. II, p.
204.
--39-40. Lettre de Charnacé à Fouquet, t. II, p. 308.
--41-42. Du même au même, t. II, p. 309.
--43-45. Sur la disgrâce de mademoiselle de la Motte d'Argencourt.
--46. Lettre relative à des marbres.
--48-51. Lettre attribuée à madame d'Huxelles.
--52-53. Lettre de mademoiselle de Menneville à Fouquet, t. II, p. 214.
--54. Billet de mademoiselle de Menneville à Fouquet, t. II, p. 201.
--56-59. Lettre de madame d'Huxelles à Fouquet.
--60-61. Lettre sur les colonies d'Amérique, t. II, p. 315 et suiv.
--63. Lettre de Devaux sur sa compagnie, qu'il voulait remettre en état.
--64. Lettre de madame d'Asserac sur le projet de voyage en Bretagne, t.
II, p. 180.
--67. Lettre du marquis de Créqui à Fouquet.
--68. Lettre de mademoiselle de Menneville à Fouquet, t. II. page 207.
--70-73. Lettre de madame d'Huxelles.
--73-82. Rapports de police par Devaux, t. II, p. 299 et suiv.
--83. Lettre relative à des affaires de famille.
--85. Lettre de madame de Motteville à madame du Plessis-Bellière. t. I,
p. 361-362, note 3 de la page 361.
--87-88. Souhaits pour le voyage de Bretagne (17 août 1661).
--89. Lettre relative à des affaires de famille.
--90. Rapports de police par Devaux.
--92. Demande d'argent pour aider à acheter une maison à Suresnes.
--94-96. Lettre de madame de Beauvais, t. II, p. 133.
--98. Plaintes contre Bruant.
--100. Lettre relative à des affaires de famille.
--101-112. Lettres adressées à Pellisson par mademoiselle de Scudéry, t.
I, p. 439 et suiv.
--113. Extrait d'une lettre de l'abbé Viole, t. II, p. 80.
--115-116. Nouvelles de Bretagne.--Acquisitions proposées à Fouquet dans
ce pays.
--117-118. Lettre d'Hugues de Lyonne relative au projet de mariage de
son fils avec la fille de Fouquet, t. II, p. 70-71.
--119-120. Lettre d'une femme Dubreuil.--Voyez plus loin, p. 420.
--123-124. Lettre relative à Hortense Mancini (3 avril 1661), t. II, p.
159 et suiv.
--125-126. Lettre de madame de Beauvais, t. II, p. 134.
--129-171. Vingt-trois lettres ou billets de la femme la Loy.
--173. Lettre d'affaires de madame du Plessis-Bellière.--Voy. plus loin.
--174. Lettre de M. de Nouveau à Fouquet.
--176. Mémoire de la main de madame du Plessis-Bellière des sommes
payées par elle pour le procureur général.--Voyez plus loin.
--178-179. Avis donnés à Fouquet par une femme qui garde l'anonyme.
--180-181. Billet de la même personne.
--182-183. Lettre de M. de Périgny.--Voyez plus loin, p. 494.
--184. Lettre d'une femme qui prend le parti du fermier des impôts
d'Orléans contre Gourville.
--185. Suite d'un billet de madame du Plessis-Bellière, dont la première
partie est à la page 173.
--186-187. Lettre d'affaires écrite par une femme.
--188. Lettre d'une femme qui garde l'anonyme; cette lettre, datée de la
Barre (16 août 1661), contient des propositions pour l'acquisition d'une
charge.
--190-191. Lettre de Pellisson relative aux affaires de finance.
--192-193. Lettres sur les matelots et sur les voyages lointains (3
septembre 1661).
--194-195. Lettre de l'évêque d'Agde à son frère (13 mai 1661).--Voyez
plus loin, p. 498.
--196. Lettre d'un anonyme relative à des affaires de finance, en date
du 8 juin 1661.
--198-199. Fin d'une lettre d'affaires, dont le commencement se trouve
aux pages 187-188.
--200. Lettre donnant des nouvelles de la santé de Mazarin (2 mars
1661), t. II, p. 86.
--202-206. Trois lettres de mademoiselle de Trécesson, t. I, p. 403 et
suiv.
--207-208. Lettre du 26 septembre 1660, signée Morant; le correspondant
se plaint des impôts excessifs que l'on levait en Touraine.
--209. Lettre de Girardin à Fouquet (18 octobre 1660) relative à des
affaires de finance.
--211-215. Trois lettres de mademoiselle de Trécesson, t. I, p. 403 et
suiv.
--217-219. Deux billets de mademoiselle de Menneville, t. II, p. 293.
--221. Lettre de M. de Nouveau à Fouquet.
--223-224. Lettre du marquis de Villequier à Fouquet, tome II pages
512-513.
--225. Lettre de M. de Novion à Fouquet; affaires de finance.
--227. Lettre d'affaires de la personne qui habitait la Barre.
--229. Lettre d'affaires (13 décembre 1660).
--231. Billet relatif à une discussion entre Fouquet et le premier
président.
--233. Lettre de mademoiselle de Trécesson (11 décembre 1658).
--235. Lettre de Bessemaux, gouverneur de la Bastille, à Jannart,
substitut du procureur général; il y est question d'acquisitions à
Saint-Germain, etc.
--237. Lettre de Marie Mancini, t. II, p. 297-298.
--239. Avis donnés à Fouquet par une femme de la cour.
--240-241. Lettre de M. de Bragelonne contenant des protestations de
dévouement pour Fouquet.
--242. Lettre de Girardin; affaires de finance.
--245-257. Cinq lettres de mademoiselle de Trécesson.
--258. Avis donnés à Fouquet par une femme.
--260-262. Lettre sur les affaires de Bretagne.
--263-264. Lettre de Fouquet à Bruant avec les réponses marginales de
Bruant, t. II, p. 73 et suiv.
--266-267. Lettre d'affaires relative au gouverneur de Paris.
--268. Lettre d'affaires du 9 novembre 1660.
--270. Lettre relative à une audience demandée et non accordée.
--272. Lettre relative aux affaires de Bretagne.
--274. Sur la disgrâce de mademoiselle de la Motte-d'Argencourt, t. II,
p. 113 et suiv.
--276-277. Lettre de Bessemaux à Fouquet (24 juillet 1661).
--278-279. Lettre d'affaires anonyme.
--280-284. Trois lettres de mademoiselle de Trécesson.
--285-289. Trois lettres de M. de Nouveau.
--291. Avis donnés a Fouquet.
--292. Autographe de Fouquet; propositions pour la reine mère, t. II, p.
125-126.
--294. Lettre d'affaires anonyme.
--295-296. Demande d'argent adressée par une femme.
--298. Lettre de Vardes pour madame du Plessis-Bellière, t. II, p. 308.
--300-311. Plusieurs lettres de M. de Nouveau.
--311-314. Trois lettres de mademoiselle de Trécesson.
--316-317. Deux lettres de M. de Nouveau.
--319-320. Lettre de mademoiselle de Trécesson.
--322-331. Cinq lettres de la femme la Loy.
--352. Une lettre de mademoiselle de Trécesson.
--334. Traité entre les Suisses et le chevalier de Maupeou pour la
garnison de Belle-ÃŽle.--Voy. p. 520.
Ainsi, sur deux cent soixante-treize pièces environ que contiennent les
papiers Baluze, il y a cent et une lettres ou billets de cette femme la
Loy, qui servait d'entremetteuse au surintendant; vingt-deux lettres de
mademoiselle de Trécesson; quatre de madame du Plessis-Bellière, dont
une douteuse; six billets de mademoiselle de Menneville; à peu près
autant de madame d'Huxelles; quatre lettres de madame d'Asserac; cinq
d'Hugues de Lyonne; trois de madame de Beauvais; trois de mademoiselle
de Scudéry; une dizaine de M. de Nouveau; une du marquis de Villequier;
une de madame de Motteville; deux du président de Périgny; deux de
l'évêque d'Agde (Louis Fouquet); une de Marie Mancini; une de l'abbé de
Bonzi; une de Vardes; deux autographes du surintendant; une lettre de
Pellisson; deux de Girardin; trois de Bessemaux, le gouverneur de la
Bastille; puis un grand nombre de lettres ou mémoires anonymes ou
pseudonymes.
La classification que j'ai adoptée au chapitre XLI a, je crois, permis
de simplifier le travail sur cette cassette. Il ne me reste plus qu'à
ajouter ici quelques lettres moins importantes pour compléter l'étude
sur ces papiers et pour donner en même temps une idée de l'orthographe
de quelques-unes des correspondantes de Fouquet. Celle de mademoiselle
de Menneville dénote une ignorance profonde. En voici un spécimen. Elle
écrit à Fouquet: «Rien ne me peut consolé de ne vous avoier poient vu,
si se net quant je chonge que se la auret peu fere malle [ce] se raies
la chose du monde qui me se raies la plus sansible. Je trouveré le tant
fort lon de vostre apesance. Vous me feriés un for gran plesier de me
fere savoier de vos nouvelles. Joré bien de lin quiestude de vostre
santé. Pour mes afaiere il sont tousjours en maiesme estat il na poient
voulu dire quant à leurs majestés disanes tous jours qu'il le feroict. A
moi il me faict tous jours les plus grans sermans du monde. Je né poient
pris de résolusion de rompre ou datandre que je né sue vostre avie.
Saies le seul que je suivré. Adieu je suis tout à vous. Je vous prie que
la pesance ne diminue point la mitié que vous mavés promis. Pour moie je
vous assure que la mienne dura toute ma vie. Adieu croiés que je vous
esme de tout mon ceur et que je ne me ré (n'aimerai) jamaies que vous.»
L'entremetteuse a une orthographe aussi barbare. Voici une lettre
qu'elle adressait à Fouquet, le 29 novembre 1660[1553]: «Jay renvoiies
deus foies a St-Mende pour resevoier loneur de vos commendement et a
prendre cant je pouroy aitre asse heureuse pour vous aller fere la
reverense. Maies je nenne resus aucune ordre et baien que je croy
quissis je ne pourre pas si fasilement jouir de se boneur vous aure la
bonte de me fere savoier comme vous aprevez que je fase pour vous rendre
conte de tout se que jay appris. Je ne peus menpaicher monsenieur duse
de redite et vous suplier de monore tougour de loneur de votre baien
veliense etent la chause du monde que je soite aveque le plus de pasion
et qu'il nias raien au monde que je ne fise pour la pouvoier merite ses
la protaitasion que vous faict la créature qui sera toute sa vis aveque
la soumission que vous doies votre tres humble et tres aubeisente et
aublige servante.»
Les lettres de cette femme sont toutes anonymes. J'ai reconnu qu'elle se
nommait la Loy, en comparant plusieurs passages de sa correspondance
avec un acte notarié qui se trouve dans les papiers de Fouquet (t. I, p.
22). En voici le début: «Fut présent en sa personne LOUIS DE LA LOY,
escuyer, sieur dudit lieu, demeurant à Paris, au Palais-Royal, rue
Saint-Honoré, tant en son nom que comme se faisant fort de damoiselle
BREGIDE CONVERSET, sa femme.» Par cet acte, en date du 26 juillet 1661,
collationné à Fontainebleau le 4 août, Louis de la Loy et sa femme
s'engagent à payer 18,500 livres pour un _collier de perles orientales_,
contenant trente et une perles rondes pesant dix-huit grains chaque
perle, envers Louis Loire, orfévre, demeurant sur le quai des Orfévres.
La correspondance de la femme la Loy[1554] contient le passage suivant,
qui se rapporte à cette acquisition: «Je vous dirai que, suivant ce que
vous m'aviez dit, j'ai mandé à _M. de la Loy qu'il fist marché de ces
perles_ et qu'il en tirât le meilleur compte qu'il pourroit; que tout au
plus je ne voulois pas qu'il passât 18,000 livres.»
Il est encore question, dans plusieurs autres lettres, du mari de cette
femme: «Je vous dirai, écrit-elle à Fouquet, que, pendant que j'étois
allée faire mon jubilé hier[1555], M. vostre frère[1556] envoya chez
nous un chariot de meubles, disant qu'il vouloit se faire tendre un lit
dans une de nos chambres et des meubles pour des valets. M. de la Loy le
refusa et dit qu'il ne souffriroit pas que dans une maison où nous
étions l'on mit d'autres meubles que les nôtres, si bien qu'il en est
fort en colère et dit à ses gens qu'ils les devoient toujours décharger,
et que quand j'aurois été venue j'aurois mis ordre à cela, si bien que
en partant il donna charge à son maître d'hôtel de les faire reporter.
Je lui dis que M. de la Loy ne le vouloit pas absolument, et le maître
d'hôtel voyant cela me dit qu'il se moquoit d'eux de faire comme cela;
que tout le monde se moquoit de lui de ce qu'il ne faisoit pas mieux
valoir sa charge[1557]; qu'il logeroit fort bien à la grande écurie et
que les gentilshommes de M. d'Harcourt occupoient des chambres qui lui
appartenoient, et que s'il vouloit il y logeroit fort bien lui et ses
chevaux.»
Presque toutes les lettres d'amour contenues dans les papiers conservés
par Baluze ont été citées antérieurement. On pourrait cependant y
ajouter le billet suivant de mademoiselle de Trécesson. Elle écrivait à
Fouquet[1558]: «Je vous conjure d'estre persuadé que l'amitié que j'ay
pour vous est aussi tendre et aussi fidèle que je vous l'ay promise;
quoiqu'en peu de mots ce soit dire beaucoup, je ne suis toutefois pas
contente de ce petit billet et dans deux jours vous en recevrez de plus
amples; mais le courrier va partir.» L'orthographe de mademoiselle de
Trécesson est d'une correction remarquable pour l'époque.
Les billets de madame du Plessis-Bellière sont peu nombreux et ne
parlent guère que d'affaires ou d'intrigues. On pourra en juger par les
suivants. Elle écrit à Fouquet: «Je croyois avoir l'honneur de vous
voir, et je pourray avoir cet honneur apres-disner, si l'affaire de M.
de Créquy[1559] m'en donne le temps, pour vous parler de celle de M. de
Brancas. Je [le] vis hier au soir au désespoir sur la charge de Flandre.
Il vous escrivit une lettre que je retins, croyant qu'il valoit mieux
que nous parlassions là-dessus; mais, comme je doute si je le pourray,
je vous l'envoie. Ils luy ont fait voir dans sa famille que vous l'aviez
fort peu considéré de n'entrer pas avec lui à fond dans cette affaire,
et il fut surpris hier de la voir achevée sans qu'il le sût. Enfin il
est si affligé, qu'on ne peut pas vous le représenter. Vous pouvez
croire que je fis ce que je pus, mais ce qu'on lui fait voir que vous ne
l'avez pas considéré assez et les tourmens que sa famille lui font
(_sic_) le mettent à bout et me font croire qu'il faut que vous ayez la
bonté de le remettre là-dessus. Il me semble que, si vous pouviez
retirer ces papiers ou faire quelque autre chose, cela seroit
nécessaire. Il dit pourtant qu'il ne veut rien, mais que l'on satisfasse
Champlastreux, si l'on peut. Je vous envoie une opposition qu'il m'a
donnée. Je ne l'ay vue qu'aujourd'huy; mais cela me paroist fascheux.
Vous verrez ce qu'il vous plaira. S'il vous plaist de me faire quelque
response, je seray encore icy; car l'affaire de M. de Créquy n'est pas
encore accommodée.
«Je n'ay point encore receu le paquet de M. de Clérambault.»
Ailleurs, madame du Plessis-Bellière dresse une liste de quelques
pensionnaires de Fouquet, sous ce titre: _Mémoire de ce que j'ay payé
pour M. le procureur-général_[1560]:
Trois cents pistoles pour M. de la Croisette;
Trois cents pistoles pour mademoiselle de Vertus;
Cent pistoles pour retirer des prisonniers;
Deux cents pistoles pour le Val-de-Grâce;
Soixante pistoles pour les bénédictins anglais;
Quarante pistoles pour Asserant, soldat qui avoit été a Belle-Isle;
Sept cents francs à madame Courtet pour madame de Charaux (Charost);
Mille écus à M. de Terme (ou Jerme) pour l'année 1639, que M. de
Créquy avoit avancé deux mille deux cent cinquante livres à mon frère
de Monplaisir[1561], pour l'intérêt d'une année qui lui étoit due;
A Bosc (ou Bou), quatre cents pistoles;
Encore à M. de Terme (ou Jerme) pour l'année 1660, mille écus;
Pour faire raccommoder la maison achetée sept cent cinquante livres
j'en ai la quittance du maçon;
A l'abbé de Belesbat, trois cents pistoles;
A Bartet, mille écus;
A M. de Tracy, mille écus;
Encore à Bartet, mille écus.
Je trouve que c'est sept mille quatre cents livres qui me sont dues du
reste de trente, que M. le procureur général avoit avancées pour moy à
Girardin.»
Faut-il conclure de ces billets que madame du Plessis-Bellière ne
s'occupait que des finances et des affaires politiques? Cette hypothèse
est en opposition avec tous les témoignages des contemporains.
Bussy-Rabutin, qui ne fait qu'exprimer l'opinion de son temps, dit, en
jouant sur les mots, «qu'elle étoit la _surintendante des amours du
surintendant_[1562].» J'avoue que, tout en rabattant beaucoup des bruits
exagérés et des insinuations calomnieuses, il est difficile d'expliquer
le rôle de madame du Plessis-Bellière à l'égard de sa nièce de
Trécesson. Elle l'appelle auprès d'elle pour en faire une maîtresse et
un agent de Fouquet. Elle descendait aussi à des détails bien peu dignes
de son rang; témoin la lettre suivante, écrite à Fouquet par une femme
nommée Dubreuil:
«Monseigneur,
«J'ay vu madame du Plessis ce matin un petit moment où je n'ay sçu luy
dire ce que j'avois résolu par le peu de temps que l'on a à luy parler.
J'estois donc résolue, monseigneur, de vous demander cette maison pour
moy à condition que je vous déchargerois du soin que vous auriez de cet
enfant jusqu'à l'âge de dix ans. Il me semble, monseigneur, que cela
vous sera plus commode. Vous ne serez point importuné toutes les fois
qu'il vous faudra quelque chose tant pour son éducation jusqu'à cet
âge-là que pour son entretien. Vostre bonté, monseigneur, en disposera
toujours à sa volonté, et, de quelque manière que ce soit, je me
tiendrois fort heureuse de vous obéir aveuglément, et, pour vous montrer
qu'il est vrai, c'est que je dois voir demain une nourrice qui n'est pas
de loin; c'est hors la ville. De tous les soins qu'il faudra avoir de
toute chose, vous pouvez, monseigneur, me les remettre, comme vous
souhaitez que je m'abandonne tout à fait sous vostre protection. Je le
fais, monseigneur, et vous la demande comme une chose sans laquelle je
ne puis estre heureuse. Je viens d'apprendre que Marie Crevon[1563] s'en
est allée ce matin et n'est pas revenue depuis; elle est sortie disant
qu'elle ne vouloit pas aller en Dauphiné; on veut qu'elle y aille, et
pour cet effet on la cherche. Je ferai tout mon possible pour la voir et
savoir toutes choses.»
Parmi les lettres qui paraissent écrites par madame d'Huxelles,
j'ajouterai la suivante, où l'on trouve quelques renseignements sur les
dangers qui menaçaient Fouquet: «Je vous escris ce billet pour vous dire
adieu. Je suis extrêmement faschée de n'avoir pu vous entretenir. On m'a
dit en grand secret que vous quittez votre charge de procureur général:
qu'estant obligé d'estre tousjours auprès de la personne du Roy vous ne
pouvez la faire. Je ne sçais si on ne veut point vous faire d'affaire du
côté du Palais. Vous savez comme M. le Tellier fut longtemps avec M. le
premier président et la liaison qu'ils ont renouvelée ensemble. M. de
Turenne et M. Colbert sont de la partie. Bartet a dit la conversation
qu'il avoit eue avec vous. M. de Turenne est persuadé que c'est vous qui
avez contribué à l'éloigner, ce poirier[1564] ayant dit que, si on avoit
affaire de chevaux, on n'avoit qu'à en prendre chez vous. Il est
impossible de vous mander tout le détail de ce que l'on sçait.
Faites-moi savoir si l'on vous peut escrire sûrement. Si vous m'envoyiez
des noms, je m'en servirois si je savois quelque chose de conséquence.
Adieu, monsieur, faites-moi l'honneur de croire que je suis tout à vous.
Adieu, ayez soin de votre santé plus que vous ne faites.»
L'abbé de Belesbat, qui recevait une pension de Fouquet, fut exilé à
l'époque de son arrestation aussi bien que Bartet. Je n'ai pu connaître
son écriture et m'assurer si les lettres relatives au confesseur de la
reine mère viennent de lui; mais je serais porté à le croire. J'ai
publié presque toutes ces lettres dans le courant des Mémoires de
Fouquet. Une seule, en date du 28 juin, a été omise. La voici: «Je n'ai
point osé m'empresser ce matin à vous suivre pour vous apprendre,
monseigneur, ce que le bon religieux que vous savez me dit hier. J'en
appris, entre autres choses, qu'il croyoit qu'il _pourroit bien n'y
avoir plus de conseil de conscience_[1565], et qu'il y avoit deux jours
que quelqu'un donna avis et envie au roi de voir une lettre que ces
messieurs du conseil de conscience écrivoient à Rome par son ordre. Le
paquet étant déjà entre les mains du courrier fut reporté au roi, qui
trouva que, dans cette lettre qu'il n'avoit point vue, ces messieurs
écrivoient qu'ils tenoient le roi dans l'obéissance exacte qu'il devoit
au saint-siège et s'attribuoient comme la gloire de le gouverner. Cela
le choqua extrêmement, et, jaloux comme il est de son autorité, il parut
si irrité, qu'il protesta qu'il ne les assembleroit plus.
«Au reste, madame de Chevreuse continue toujours à faire de grandes
recherches à ce bonhomme-ci[1566], mais assurément cela ne servira de
rien et vous apprendrez précisément tout ce qu'elle lui dira. Il
persiste à croire ce que je vous ai écrit du roi et de mademoiselle de
la Vallière et pense que ce qu'il en a dit il y a quelque temps est
absolument vrai.
«Comme j'ai appris depuis peu que le père Leclerc, que je pensois qui
devoit être confesseur du roi après le père Annat, le sera de Monsieur,
je puis vous assurer que, si cela est de quelque chose, j'aurai des
habitudes et des liaisons aussi étroites avec lui que j'en ai auprès du
bon père.
«J'appris encore avant-hier une chose assez plaisante de Florence. La
jeune duchesse[1567] s'y ennuie fort: ce qu'on trouve bien étrange en ce
pays-là, ne sachant pas qu'elle est amoureuse en France du jeune prince
de Lorraine[1568], qu'on avoit parlé de marier avec Mademoiselle[1569].
Avant qu'elle partit, elle avoit été cinq ou six fois seule dans sa
chambre. L'on ne sait point s'ils ont couché ensemble; mais toujours
elle le poursuivoit fort, et Mademoiselle, qui les éclairoit de fort
près, en a découvert bien de petites affaires. Depuis peu même on a
intercepté des lettres qui alloient à Florence. L'on a trouvé un poulet
du cavalier et surtout des vers qu'il a faits sur son absence et qu'il
lui envoie, qui sont la plus plaisante et la plus risible chose du
monde.»
Parmi les personnages qui ont signé leurs lettres, il faut placer un
magistrat fort estimé, le président de Périgny, qui fut le premier
précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV. Ces lettres ne sont pas
adressées à Fouquet, mais à un intermédiaire qui devait parler au
surintendant du désir qu'avait M. de Périgny de traiter d'une charge
vacante. L'intermédiaire est probablement Pellisson, qui travailla plus
tard avec le président de Périgny aux _Mémoires de Louis XIV_[1570].
«Comme je fermois ce billet, lui écrit M. de Périgny[1571], ou m'est
venu dire que le traité de M. de Fourcy fut hier signé avec M.L.V., qui
a vendu et donné procuration _ad resignandum_ en qualité de curateur.
«Cela fait changer de face à nostre affaire et me fait perdre toute
prétention d'entrer comme premier en la troisième[1572], parce que je ne
crois pas que je me doive attirer une concurrence sur les bras.
«Mais cela ne nous excluroit pas de l'ouverture que je vous fis hier de
changer avec M. de Maupiau (_sic_[1573]), parce que, lui paroissant
contre un homme qui n'a pas le service, la chose seroit sans difficulté,
et par cet expédient plusieurs choses s'ajusteroient toutes à la fois;
M. le procureur général verroit tousjours la première place de la
troisième et la seconde de la première remplies par deux hommes
dépendant de lui[1574], et j'essayerois de prendre de M. de M.
(Maupeou) et de lui donner, de mon costé, les instructions nécessaires
pour servir utilement chacun dans son nouveau poste. M. de M. (Maupeou)
auroit une place de premier au lieu de celle de second qu'il occupe, et
moi, je serois sans compétiteur et n'aurois personne intéressé à
traverser ma réception. Outre que j'aurois moins d'argent à fournir,
parce que M. de Maupeou contribueroit quelque chose pour la primauté et
M. de G. se relascheroit de prix ne considérant plus la charge comme
première et ne sachant pas l'usage que l'on pourroit faire de sa
primauté.
«Mais le secret et la diligence sont infiniment nécessaires en cette
affaire. Si on l'agrée, vous m'obligerez de me faire au plus tost
réponse sur tout, afin que j'agisse: et, si on ne l'agrée pas, je vous
seray tousjours obligé de m'oster le plus tost que vous pourrez de la
teste une affaire qui me travaille.»
Il paraît que Fouquet, désireux de s'attacher le président de Périgny,
se montra disposé à lui avancer une partie de la somme nécessaire pour
l'acquisition de la charge à laquelle il aspirait. C'est ce qui résulte
de la lettre suivante, adressée au même intermédiaire par M. de
Périgny[1575]: «La répugnance que j'ai à demander et la crainte de
devenir incommode à ceux qui me font l'honneur de me vouloir du bien
m'ont fait faire mille réflexions fâcheuses sur la demande que je vous
ai prié de faire pour moi. Mais, pour faire connoître à M. le procureur
général que je n'agis pas en cela par la seule nécessité de l'occasion
présente, je vous supplie de lui dire que, si dès à présent j'étois en
possession du bien qui me doit venir quelque jour, je saurois bien me
passer du secours qu'il m'a fait l'honneur de m'offrir et n'aurois
besoin que de sa faveur; mais que même dans l'état présent, si, au lieu
de me rembourser le fonds de mes quittances, il lui plaît de m'assigner
un simple usufruit pour quelques années en tels droits qu'il lui plaira,
dont il retiendra le fonds, je serai infiniment satisfait de sa bonté,
parce qu'elle me donnera moyen de payer les arrérages des sommes que je
serai contraint d'emprunter, en attendant qu'il me vienne de quoi les
payer du mien, ou bien encore s'il vouloit me faire vendre des rentes ou
des gages à bien bon marché et faire prendre pour argent mes promesses
payables à longs termes.
«Je sais bien que tout cela ce sont des aumônes travesties, et c'est ce
qui me fait rougir; mais j'ai assez de courage pour espérer que, par mes
services à venir, je me purgerois d'une partie de la bassesse que je
fais à cette heure Je suis tout à vous.
«PÉRIGNY[1576].»
Une lettre autographe de Bessemaux[1577], adressée à Fouquet, prouve que
le génie envahissant du surintendant s'était communiqué à toute sa
famille. Bessemaux, après lui avoir parlé d'affaires sans importance,
ajoutait que Saint-Aunais était disposé à traiter de Leucate avec
l'archevêque de Narbonne. Ce poste fortifié avait une certaine
importance pour le Languedoc. Il est vrai qu'à cette époque
Saint-Aunais, qui était mal vu de la cour, se croyait menacé de l'exil
auquel il fut bientôt après condamné. Bessemaux se doute bien que cette
situation n'est pas étrangère aux résolutions de Saint-Aunais. «Je ne
sais, écrit-il à Fouquet, si son être[1578] présent et la peur de voir
tout démolir lui inspirent cette pensée. Quoi qu'il en soit, la fidélité
que je veux toujours avoir pour tout ce qui vous touche m'oblige à vous
dire cela, et si vous désiriez que de moi-même je l'entretienne dans
cette pensée, je crois que j'aurois peu de peine à le faire soumettre à
ce que vous pourriez désirer. Ne feignez pas[1579], monseigneur, de
m'ordonner quelque chose là-dessus et croyez que je suis à l'épreuve de
tout pour vous et plus que personne du monde.» Il signe: «Votre
très-humble, très-obéissant et _très-fidèle_ serviteur.»
Les lettres anonymes et pseudonymes abondent dans la cassette de
Fouquet. En voici deux qui viennent d'une même personne, qui, la
première fois, signe D.V., et la seconde fois _Job_. Serait-ce _de
Villefargeau_, comme pourraient le faire supposer les initiales placées
au bas de la première lettre qui est adressée à Pellisson? Il est
impossible de rien affirmer. Nous avons vu que du Grave, sieur de
Villefargeau, était dévoué à Fouquet et en recevait pension. Il était
également familier chez la reine mère[1580]. Il serait donc possible que
ces lettres vinssent de lui.
«Monsieur[1581],
«Je serois ingrat de toutes les bontés que vous me témoignez, si je ne
vous faisois voir ma reconnoissance en toute rencontre. Vous saurez,
monsieur, qu'il y a une femme qui dit que son mari est mort au service
de monseigneur le surintendant, qui vous charge de mille imprécations et
qui dit que vous êtes la cause qu'elle n'a point de satisfaction de
mondit seigneur. M. Berryer se plaint pareillement de vous et dit qu'il
vous a donné pour près de huit à neuf cent mille livres de billets sur
votre bonne foi, et, lorsqu'il vous en a voulu demander un récépissé,
vous le lui avez refusé. Il s'en est plaint à beaucoup de personnes. Une
dame de la cour, dont l'on n'a pas voulu dire le nom, se plaint
pareillement de vous. Cette dernière nouvelle m'a été dite par une
personne qui est attachée à M. Bruant. C'est pourquoi je n'y ajoute pas
grand'foi. Je suis, monsieur, votre très-humble, obéissant et obligé
serviteur.
«D.V.»
La même personne adresse à Fouquet la lettre suivante[1582]:
«Monseigneur,
«J'ai été cette après-dînée dans la chambre de la reine mère. Comme elle
est sortie avec Monsieur, je suis demeuré dans ladite chambre avec M. de
Joyeuse et Aubery, interprète des langues, et Mercier, valet de chambre
de la reine, l'un desquels est venu à parler de votre autorité. Joyeuse
a fait réponse: _Je ne trouve pas que leur autorité augmente, mais
qu'elle diminue. Ne voyez-vous pas qu'ils n'ont su avoir raison d'un
conseiller, de leurs parents, qui a eu des coups de bâton, et que,
malgré toutes leurs poursuites, le roi a donné la grâce à ces soldats_?
«Auparavant le départ du roy, le Tellier et Colbert ont eu trois
conférences particulières avec le roi et la reine mère, près de deux
heures chacune. J'ai su d'un payeur des rentes que la nuit d'auparavant
que le Tellier allât en sa maison des champs, Colbert passe presque
toute la nuit avec lui; il croit que ledit Colbert sera bientôt
surintendant. Ce payeur des rentes-là est fort son ami.
«Je suis, monseigneur, avec respect, votre très-humble, très-obéissant
et très-obligé serviteur.
«JOB.»
Je rétablis ici le texte complet d'une lettre d'Hugues de Lyonne, dont
je n'ai donné qu'un extrait. Il écrivait à Fouquet, le 16 février
1661[1583]: «J'ai fait ce matin ce que je vous avois dit touchant
Chandemer; Son Émin. l'a fort approuvé, et j'escrirai dès aujourd'huy en
cette conformité. N'en soyez plus en inquiétude.
«Je vous avertirai encore que S. Ém. m'a dit que vous luy aviez tenu un
discours qui l'avoit infiniment satisfait. Je suis au désespoir que,
quand il me disoit cela, M. le chancelier est entré, qui a rompu cet
entretien, dans lequel il fust entré dans le détail. J'avois la plus
belle occasion du monde de pousser la chose et de dire peut-estre ce que
vous n'aviez pas dit. Je compte néanmoins pour beaucoup que vostre
discours lui ait plu, et il me semble qu'il y a à en tirer des
conjectures fort avantageuses.»
Une lettre d'Hugues de Lyonne à Fouquet insiste, comme celles que nous
avons citées dans les Mémoires, sur le triste état de ses
affaires[1584].
«Ce lundi matin.
«Je vous prie de vous souvenir de mes affaires, si vous en trouvez ce
matin la conjoncture favorable, et, si vous y trouviez quelque
résistance, de n'oublier pas de dire que, si j'eusse esté indiscret et
voulu accepter l'offre de S. Ém., j'eusse profité mesme de cinq cent
mille francs que je lui eusse osté de sa bourse; 2° que j'ay plus de
besoin qu'on ne croit de toutes mes pièces et qu'avec mesme les cent
mille escus, je devrai encore les cinquante mille francs, la pluspart de
mes dettes ayant esté contractées pour le service du roy ou au moins
tourné à sa gloire; 3° que sans la parole formelle que vous m'avez
donnée des 300,000 livres, j'aurois mieux aymé et aymerois encore mieux
aujourd'hui la charge particulièrement après _la sortie de M.
Colbert_[1585], avec qui je ne voulois point de demeslés qui pût faire
de l'embarras à S. Ém., et lequel vient luy-mesme de profiter de cinq
cent mille francs qu'il mérite bien: 4° que l'intention de S. Ém. avoit
paru de me donner cent mille francs sur la charge et que j'ay trouvé
moyen de le descharger de cinquante mille par une affaire venue de mon
industrie qui ne couste rien au roy ni à ses sujets.»
Louis Fouquet, évêque d'Agde, donnait à son frère, le 15 mai 1661, des
nouvelles de Paris[1586]: «L'on m'a dit que M. l'abbé de Montaigu auroit
l'évêché d'Évreux.
«Je vous avertis que quelqu'un a pris soin de faire courir ici (qu'il y
ait fondement ou non) que vous étiez extraordinairement ennemi et aliéné
de notre ordre[1587] et qu'à Fontainebleau vous en auriez donné de
grandes marques.
«M. de Narbonne vient loger chez madame d'Amours à Paris, et non pas
chez mon frère l'abbé, comme il avait résolu d'abord.
«Mon frère l'abbé tente fort [de s'introduire] chez la reine
d'Angleterre. Il y a même fait quelque petit présent depuis peu.
«M. de la Garde cherche depuis longtemps à vendre le mont Saint-Michel.»
J'ai déjà fait remarquer que Fouquet prenait grand soin de faire
surveiller Colbert. En voici une nouvelle preuve. On lui écrivait[1588]:
«Un valet de chambre du duc de Bournonville, lequel veut quitter son
maître, m'a dit qu'il entroit valet de chambre de M. Colbert et m'a
promis de me dire tout ce qui s'y passera. C'est un M. du May qui le
fait entrer, commis de Colbert[1589], et lui a dit qu'il falloit
préférer la condition de M. Colbert à quelle condition que ce soit,
parce que présentement il étoit assuré d'être surintendant des finances,
conjointement avec vous, monseigneur, et peut-être qu'il sera
surintendant tout seul. Ce sont les discours dudit du May au valet de
chambre.
«M. de la Casgne m'a dit qu'il avoit à vous parler, et nous sommes
demeurés d'accord que doresnavant il vous mandera tout par billet.
«Je suis obligé de partir dans deux jours pour faire marcher notre
régiment. S'il vous plaît de me commander quelque chose, votre valet de
chambre la Vallée sait où je loge. Je suis à vous, monseigneur, et tous
ceux qui dépendront de moi, pour nous sacrifier pour votre service.
«Il y a un M. Tessie[1590], huissier de la chambre de la reine mère,
lequel vous sollicite pour payement d'un billet de 3,500 livres, auquel
billet j'ai moitié; mais parce que je ne vous persécute pas comme lui à
vous solliciter, il prétend de me traiter fort en cadet. C'est pourquoi,
monseigneur, je vous supplie très-humblement de me donner ce qui
m'appartient sur ledit billet pour m'aider à faire mon voyage et
m'obliger à être toute ma vie, comme je suis, votre très-humble
serviteur.»
Un personnage qui paraît avoir été attaché à Jannart, substitut du
procureur général du parlement de Paris, donnait à Fouquet des nouvelles
de Paris pendant son voyage de Bretagne. Il lui écrivait, le 3
septembre[1591]:
«Monseigneur,
«Tout ce que j'ai pu dire de l'état de votre santé à ceux de vos amis
qui m'en ont demandé souvent [des nouvelles] a été que jusques à Blois
nous avions eu des nouvelles que vous vous étiez, grâce à Dieu, fort
bien porté et que, lorsque j'en aurois de plus fraiches, je leur en
dirois.
«Quant à ce qui s'est passé de deçà depuis mercredi que je me donnai
l'honneur de vous écrire, je ne vois pas autre chose que les
enregistrements qui furent hier faits au parlement des déclarations
concernant les rentes à vie, de la tontine, de la suppression de l'édit
des secrétaires du roi et de la charge de colonel[1592], entre lesquels
il n'y en a point qui puisse produire quelque chose, si ce n'est celui
des secrétaires du roi. Car pour la tontine, qui [à ce qu'il] semble,
produiroit quelque chose, si elle avoit lieu, encore qu'elle soit
vérifiée, ç'a été à la charge de modifications qui seront arrêtées par
six commissaires de la cour, qui s'assembleront pour les dresser et en
feront rapport à la compagnie. Ainsi c'est encore bien tirer de longue.
«Aussitôt que la chose à l'égard des secrétaires du roi fut faite au
parlement, je portai le duplicata de la chambre des comptes à M. le
procureur général de ladite chambre, lequel [duplicata] M. Jannart
m'avoit laissé. Il le reçut fort bien, et, comme je le pressai
d'expédier, parce qu'on en avoit besoin, il me promit que la chose ne
dureroit point et qu'il y travailleroit incessamment, m'ayant prié
seulement de lui en envoyer autant de l'arrêt du parlement pour s'y
conformer, ce que j'ai fait, et demain je le retournerai voir pour
savoir ce qu'il aura fait. Il n'y a autre modification dans l'arrêt [si
ce n'est] qu'à l'ordinaire les gages attribués par l'édit ne seront
payés qu'après les anciennes charges acquises. Ce qui n'est rien.
«Lesdits secrétaires du roi sont contents de nos diligences. Ils m'ont
dit avoir payé cent mille écus et qu'ils payeront le reste sitôt que la
vérification de ladite chambre sera faite, et ainsi je la presserai. Ils
sortent de céans présentement pour me prier de voir M. le procureur
général, s'il est nécessaire.
«Quant à l'édit d'extinction de la chambre de justice sur les gens
d'affaires, M. le procureur général et M. de Breteuil vous en écrivant
au long, il me seroit bien difficile de vous en rendre un meilleur
compte. Je vous dirai seulement que M. le premier président trouve que
le temps est bien bref pour prendre ses mesures à propos. Il demeure
d'accord que le roi lui en a parlé; mais, comme cela ne fut pas suivi
lors et qu'il n'avoit point vu l'édit, il n'en avoit aussi point parlé à
la compagnie; ce qu'il eût fait à son retour de Fontainebleau, il y a
quinze jours. Il ajoute qu'il a peur que le parlement n'arrête des
remontrances, et qu'il ne veuille estre meilleur ménager que MM. des
finances ne sont de quitter les gens d'affaires pour quatre millions au
lieu de plus de trente qu'il feroit venir, si on lui laissoit la liberté
d'une chambre de justice. A mon sens, je crois qu'il seroit fort mauvais
de mettre entre leurs mains le pouvoir d'accabler tout le monde. Ce
n'est point là leur affaire. Lundy on verra plus clair leur bonne
intention.
«Ce matin, j'ai monté jusques à la cour des aides, où, causant avec le
greffier, il m'a dit qu'on ne lui avoit point encore demandé les édits.
Il me semble qu'ils devroient être retirés.
«M. le premier président et M. Ravot sont partis aujourd'hui pour aller
à Fontainebleau recevoir, par la bouche de M. le chancelier, notamment
ledit premier président, quelque réprimande de sa harangue.
«Ce matin, le commissaire Picard m'a dit qu'ils avoient reçu un arrêt du
conseil pour procéder à la levée du scellé de M. le duc d'Épernon. Il
n'y auroit possible pas de mal de voir ses tapisseries.
«M. Ceberet[1593] a envoyé la commission de la chambre de l'édit, qui, à
mon avis, sera bien foible: de la grand'chambre, on y fait entrer M.
Grangier; de la première, M. Fraguier et M. Amproux; de la seconde,
point; de la troisième, M. Dubois; de la quatrième, M. le Vasseur; de la
cinquième, M. Bochard. Je crois que M. le procureur général l'apportera
(cet édit) au premier jour.
«Le commissaire la Vigne a enfin promis de porter à M. le procureur du
roi l'information que vous savez. Nous verrons ce que c'est, et je vous
en donnerai avis.
«M. Ménardeau m'a tantôt dit qu'il parlera lundi de l'affaire des
vendeurs de volailles, et que M. le premier président lui avoit dit ce
matin qu'il en falloit sortir.
«Nous avons nouvelles de Fontainebleau que M. le chevalier[1594] se
porte beaucoup mieux, et madame la marquise[1595] et mesdemoiselles
bien. Il n'y a que M. l'évêque d'Agde qui se porte mal; j'y ai passé
tantôt; il attendoit encore la fièvre.
«M. Jannart et M. de Jarnay n'y étant pas, je ferai en leur absence ce
qui se pourra présenter.
«Madame le Tellier est morte la nuit passée. M. Devaux[1596] m'a dit
qu'il étoit après à disposer l'affaire que vous savez. Ce sera quand il
voudra; car, pour le commissaire, il est tout prêt.»
Le premier président Guillaume de Lamoignon, qui contribua si
puissamment à sauver Fouquet, n'avait pas toujours été en bonnes
relations avec lui, à en juger par la lettre suivante[1597]:
«J'eus si peu de temps à vous entretenir, lorsque j'eus l'honneur de
vous voir ces jours passés, que je n'ai pas pu vous dire que M. le
président de Bragelonne m'avoit assuré bien savoir que M. le premier
président seroit bien aise de se remettre avec vous. Il m'en parla, il y
a quelque temps, en termes qui me firent bien connoître qu'il le disoit
à dessein que je vous le fisse savoir. Mandez-moi, s'il vous plaît, si
lorsque vous le vîtes dernièrement vous vous êtes réconciliés, et, en
cas que vous ayez quelque chose de particulier à m'ordonner sur cela,
prenez la peine de me le mander avec toute la confiance que vous devez
avoir en votre obéissant serviteur.
«Vous croirez bien que c'est la part que je prends en tout ce qui vous
regarde qui me donne cette curiosité. J'ai été deux fois à Saint-Mandé
pour vous en parler.»
J'ai réservé pour la fin un certain nombre de lettres anonymes que
j'attribuerais volontiers à M. de Nouveau, directeur des postes[1598].
Il a déjà été question (ci-dessus, p. 9) des moyens qu'employait Fouquet
pour avoir connaissance des lettres qui l'intéressaient. De Nouveau lui
parle dans plusieurs billets des papiers qu'il lui envoie ou qu'il se
propose de lui porter[1599]. «J'envoie savoir si je pourrai sur les
trois heures vous porter plusieurs papiers qu'il est bon que vous voyiez
avant que l'on soit obligé de les rendre. Je serois bien aise aussi de
profiter de cette occasion pour vous dire un mot d'une autre affaire qui
regarde le marc d'or et vous assurer que je suis entièrement à vous.»
M. de Nouveau écrit encore à Fouquet[1600] une lettre qui atteste que sa
position était menacée et qu'il avait besoin pour s'y maintenir de
l'appui du surintendant: «Depuis avoir eu l'honneur de vous voir j'ai
parlé à la reine mère et au roi. La première m'a promis de parler au roi
pour accommoder toutes choses, et a sur ce fait connoître à Sa Majesté
qu'il étoit nécessaire de récuser M. Berthemet. S. M. y a consenti, et
m'a dit que demain matin il résolveroit la chose. Je l'ai conjurée de ne
me pas abandonner sur ce que je l'avois fort bien servi dans tous les
temps et étois en état de le faire encore. Le roi m'a répondu: «Je
verrai toutes vos raisons.» Depuis, j'ai vu M. de Lyonne, que j'ai
trouvé bien intentionné. Je vous rendrai compte de ce que nous avons
concerté. Je vous supplie de ne rien oublier pour me sauver. Je tâcherai
de vous en témoigner ma reconnoissance.»
La lettre suivante est plus explicite. Elle fait connaître qu'il
s'agissait d'un partage de fonctions qui aurait enlevé à M. de Nouveau
la connaissance des dépêches chiffrées[1601]: «Je viens présentement de
parler au roi et lui ai donné ce que vous savez. En le prenant, Sa
Majesté m'a dit: «Avez-vous vu M. le Tellier?» J'ai demandé sur quel
sujet. A quoi il m'a fait réponse: «C'est pour Rossignol[1602], qui
prétend «que l'on lui donne tous les chiffres.» A quoi j'ai reparti
qu'il y a quelque temps que je savois que l'on me vouloit jouer cette
pièce, parce que je n'avois pas voulu prendre des mesures avec de
certaines gens. Il m'a fort pressé de lui parler franchement et qu'il me
garderoit le secret. Je lui ai nommé l'homme. Il m'a assuré qu'il n'y
avoit pas pensé, et, comme je lui ai représenté que c'étoit me dégrader
des fonctions de ma charge, que je l'avois servi toujours et en tout
temps avec bien de la fidélité, mais que depuis la mort de Son Éminence
je m'y étois appliqué avec un si grand soin, que S. M. avoit vu qu'il ne
s'étoit rien passé sans qu'elle en eût été informée. J'y ai ajouté que
c'étoit peu de lui obéir et que si elle trouvoit que je fusse de quelque
obstacle, je me retirerois chez moi et je lui obéirois en tout
aveuglément. Il m'a dit: «Vous pouvez croire que je ne vous ordonnerai
pas cela, étant content de vous. Je ne prétends pas faire tort à votre
charge, lui donnant les chiffres et vous donnant le clair.» Je lui ai
fait réponse que ce qui étoit en clair n'étoit rien. Je lui ai
représenté que, se servant de R[ossignol], l'affaire ne pouvoit
subsister parce qu'il faudroit un jour pour faire ce qui se fait en deux
heures; que l'on vouloit employer R[ossignol] pour se rendre maître des
dépêches, parce que R[ossignol] n'osant pas lui parler il faudroit qu'il
donnât tout à M. le Tellier. J'ai fort appuyé sur cette impossibilité. A
quoi il m'a répondu que c'étoit un homme qu avoit bien servi. Je lui ai
répliqué que j'en avois fait de même et plus utilement; que Son Éminence
avoit été huit ans sans s'en trouver mal, et que enfin il m'avoit prié
de le continuer et de lui faire donner Espagne et Flandre seulement; et
bien souvent Son Éminence m'ordonnoit de lui parler directement[1603];
que si Sa Majesté vouloit remettre les choses au même état, j'obéirois;
mais que de me dégrader entièrement je ne pensois pas l'avoir mérité. Il
m'a dit: «Ce n'est pas mon intention.» Enfin, après une fort grande
conversation, il m'a dit: _Eh bien, monsieur, je verrai_.
«Voilà ce qui s'est passé, dont j'ai voulu vous rendre compte, parce que
vous êtes assurément intéressé dans cette affaire par les services que
je prétends vous y rendre. Mandez-moi ce que je dois faire, et si,
nonobstant ce que je lui ai fortement représenté, je lui donnerai demain
matin un placet pour lui faire connoître que ce sera du temps perdu, qui
fera que l'on ne pourra travailler. Je ne veux agir que par votre ordre.
Il me semble que, M. de Lyonne étant de vos amis, vous le pourrez prier
d'appuyer cette affaire. Si vous le trouvez bon, je lui en parlerai
demain avant le conseil. Pour M. le Tellier, je ne crois pas que je le
doive voir. Je ferai néanmoins ce que vous m'ordonnerez. Je crois que,
pour peu que vous appuyiez la chose, elle ira à l'avenir règlement.
J'attendrai vos ordres sur ce que j'ai à faire, et si vous voulez bien
que je vous voie après ce conseil, ne voulant pas faire un pas que par
votre ordre.»
Les deux lettres suivantes n'ont d'importance que parce qu'elles
prouvent à quel point le directeur des postes était dévoué à Fouquet. M.
de Nouveau lui écrivait[1604]: «J'ai reparlé au roi, suivant vos ordres,
qui m'a dit qu'il avoit vu mon placet et qu'il falloit instruire M. le
chancelier de l'affaire pour l'en informer. Il me semble que vous ne
m'avez pas dit que l'on l'eût résolu. Ainsi j'ai été auparavant en
parler à M. le Tellier, qui m'a dit la même chose avec beaucoup de
sécheresse que je n'ai pas fait semblant de remarquer, n'y ayant été que
pour qu'il ne crût pas que j'affectois de ne le pas voir.
«J'ai été me plaindre à M. de Gourville des méchantes impostures qu'il
vous a données sur mon quatriennal de général des postes. Je l'ai fait
convenir que, chaque charge n'étant que à cent mille livres, l'on ne
pouvoit pas taxer le quatriennal Cm L. (cent mille livres) ni CLm
l. (cent cinquante mille livres); que j'en avois déjà payé XXXIIIIm
l. Je vous supplie très-humblement de vouloir considérer mes justes
raisons avec cette bonté que vous avez eue pour moi en tant de
rencontres et de vous bien persuader qu'il n'y a homme au monde qui soit
plus attaché à vos intérêts que je le suis, ni qui par le temps mérite
mieux ni avec plus de soin et de ponctualité les grâces que vous lui
ferez.
«Après cette véritable protestation, si vous voulez prendre sur les cent
mille livres qui me sont dues quelque partie pour ma taxe, vous en serez
le maître. Je souscrirai à tout ce qu'il vous plaira; mais en ce cas je
vous demande que vous me donniez des assignations pour le reste. Quoi
que vous ordonniez, je vous assure déjà que j'en serai très-content, ne
doutant pas que me confiant à vous au point que j'y suis, vous ne
vouliez accommoder mes affaires, et que je ne me ressente de la
protection que vous m'avez fait l'honneur de me promettre et dont je
tâcherai de me rendre digne par tout ce que je croirai qu'il faudra
faire pour votre service et pour votre satisfaction; à quoi je vous
promets de ne pas perdre un moment. Ordonnez après cela ce qu'il vous
plaira.»
La dernière lettre, attribuée à M. de Nouveau, est relative à des
discussions de préséance, et remplie de protestations d'attachement à
Fouquet[1605].
«Je ne me suis pas donné l'honneur de vous voir sur ce qui arriva aux
Feuillants, parce que M. Jeannin me dit qu'il vous en avoit rendu compte
et que vous avez eu la bonté d'approuver la chose, puisque la difficulté
que nous faisons pour la préséance ne regarde pas l'intérêt que vous
pouvez avoir en cette affaire. J'ose croire que vous me faites bien la
justice d'estre persuadé que je n'en puis jamais avoir d'autres ni en
cette occasion ni dans aucune autre. M. l'évêque d'Agde, même après l'en
avoir entretenu, me témoigne en être content, sans que je cherche des
discours pour l'assurer de mes services. Cependant l'on me vient de dire
qu'il vous avoit parlé de cette affaire bien autrement pour me rendre de
mauvais offices, quoique j'aie des preuves assez essentielles de votre
bouche pour ne pas craindre que, sur ce que l'on vous pourroit dire,
vous me voulussiez condamner ni me soupçonner pour ce [de] jamais
manquer au respect que je vous dois et que je vous rendrois en tous
rencontres. Quelque certitude que j'aie de votre justice, je ne laisse
pas d'en avoir de l'inquiétude comme de la chose du monde qui m'est la
plus chère. Je vous supplie de me tirer d'embarras par un mot. A mon
retour, j'aurai l'honneur de vous voir et de vous confirmer les
assurances de mes services très-humbles.»
V