LE PUNCH D'ADIEU

Pas besoin de dire si le général était penaud en retournant à Tarascon.

Mais voici bien une autre histoire. Est-ce qu'en son absence les

Tarasconnais ne s'étaient pas avisés d'organiser un punch d'adieu par

souscription pour les lapins qui allaient partir! Le brave général

Bravida eut beau dire que ce n'était pas la peine, que personne ne

partirait; le punch était souscrit, commandé; il ne restait plus

qu'à le boire, et c'est ce qu'on fit... Donc, un dimanche soir,

cette touchante cérémonie du punch d'adieu eut heu dans les salons

de la mairie, et, jusqu'au petit jour blanc, les toasts, les vivats,

les discours, les chants patriotiques, firent trembler les vitres

municipales. Chacun, bien entendu, savait à quoi s'en tenir sur ce

punch d'adieu; les gardes nationaux de choux qui le payaient avaient

la ferme conviction que leurs camarades ne partiraient pas, et ceux

de garenne qui le buvaient avaient aussi cette conviction, et le

vénérable adjoint, qui vint d'une voix émue jurer à tous ces braves

qu'il était prêt à marcher à leur tête, savait mieux que personne qu'on

ne marcherait pas du tout; mais c'est égal! Ces méridionaux sont si

extraordinaires, qu'à la fin du punch d'adieu tout le monde pleurait,

tout le monde s'embrassait, et, ce qu'il y a de plus fort, tout le

monde était sincère, même le général!...

A Tarascon, comme dans tout le midi de la France, j'ai souvent observé

cet effet de mirage.

Contes de lundi · 第 40 / 115 题