Les femmes rosses sont de beaucoup les femmes les plus intéressantes.
Dans chaque femme rosse il y a une amoureuse éperdue. Ce sont des fleurs
de tendresse qui se sont séchées. Mais cette sécheresse n’est
qu’apparente; il y a un secret pour leur redonner la couleur et le
parfum.
Elles ont une volonté terrible de trouver ceux en présence de qui elles
sont, faibles et dominés. Elles imposent, elles suggèrent cette
faiblesse et cette domination. Et elles n’ont aucun scrupule à faire du
mal à ces vaincus.
Mais elles sont comme le guerrier Achille, invulnérables, sauf par un
point. Ce point est variable et déconcertant. Ces triomphatrices qui
passent, et jettent sur les hommes de froids regards, sous leur
chevelure qui semble un casque, sont à la merci d’une flèche habilement
lancée.
De ces âmes fermées peut jaillir une source inattendue. De même que
l’audacieux est un ancien timide, le cœur sec cache des trésors
d’émotion. Il a craint d’être trop tendre et il s’est enveloppé sous un
vêtement d’ironie et de dédain.
Je vous aime, femmes rosses, vous qui lisez d’un œil distrait les
lettres d’amour que vous recevez, vous qui vous plaisez à conter à votre
amant du jour les plaisirs pris avec l’amant de la veille pour voir dans
ses yeux la jalousie et la souffrance, vous qui haussez les épaules si
l’on parle de se tuer pour vous, et qui n’auriez peut-être pas un
battement du cœur si on le faisait, je vous aime parce que votre
indifférence présente a pour cause votre sensibilité de jadis, parce que
ce sont des larmes cristallisées qui donnent à vos yeux ce reflet
d’acier dur, parce que le jour où vous ouvrez vos bras, vous seules
savez vous donner toutes avec amour.