Les femmes qui engraissent et souffrent d’engraisser rencontrent chaque
jour des amis qui leur disent:
--Comme vous avez maigri!
Elles suscitent les paroles de ces amis en leur disant:
--N’est-ce pas que j’ai maigri?
Par le même moyen elles obligent leur couturière complaisante à évaluer
leur diminution par un chiffre de centimètres. Ainsi elles ont acquis la
tranquillité de l’esprit. Elles se sont donné l’illusion qu’elles
n’engraissaient pas; elles mangent désormais sans remords les plats
qu’elles aiment et qu’elles savent susceptibles de les faire engraisser.
Les femmes grosses deviennent de plus en plus grosses de même que les
maigres maigrissent sans cesse. Il est donc insensé de dire avec orgueil
d’une femme grosse: «Je la ferai maigrir!» On voit dans la nature les
arbres se développer, donner des feuilles et des branches, mais quel est
le chêne qui, devenu majestueux, se rapetisse et reprend les proportions
du gland primitif?
Il ne faut pas attendre des femmes grosses cette bonhomie, cette
jovialité indulgente qui caractérise les hommes gros. Les femmes grosses
sont pleines de duplicité et de ruse. Leur esprit s’est rétréci à mesure
que leurs formes croissaient. Elles ont violé la loi de beauté de la
nature, elles le sentent confusément, mais elles ne l’avoueront jamais;
elles sont les apologistes de la grosseur et préféreront pour toute
chose la quantité à la qualité.
Elles sont immobiles. C’est à la fois leur force et leur perte. Elles se
dressent devant l’amour comme un obstacle insurmontable. Elles défendent
les idées bourgeoises, la vertu conventionnelle: elles sont les
instruments des préjugés.
Il convient de contourner les femmes grosses comme le vaisseau contourne
le rocher.