II

Pour l'amour de ce jeune homme qui avait de très grands yeux, elle

avait tout osé, la courageuse femme. Elle ne s'était pas bornée à

le choisir, elle, noble, illustre, presque Altesse, à se donner à

lui, si belle! Afin de complaire à cet écolier bohème qui longtemps

s'était accommodé du baiser des filles de taverne, elle avait bravé le

mépris,--se cachant à peine de l'aimer,--et le plus grand des périls.

Car son mari, dans sa robuste vieillesse, était un homme redoutable.

Jaloux de l'antique honneur de sa race, le moindre soupçon lui aurait

fait oublier toute miséricorde, et il n'eût pas hésité à frapper

l'épouse adultère, à la traîner par les cheveux avec des mains rouges

de sang. N'importe! chaque soir,--dès que les gens étaient endormis

dans le palais,--elle sortait, sans peur, la tête voilée d'une mante,

allait chercher dans un misérable logis l'amant qui ne daignait pas

toujours l'attendre, lui prenait le bras, l'entraînait, l'emportait

vers la demeure princière. Pour ne pas éveiller les serviteurs, elle

marchait pieds nus sur les dalles froides des vestibules. Un seul

bruit! et toute la valetaille éveillée, accourue, eût constaté,

proclamé le déshonneur du maître. Elle ne tremblait pas. «Viens!

viens!» disait-elle à voix basse. Et, jusqu'au matin, oui, jusqu'au

plein jour,--dût la fuite du bien-aimé être surprise et révélée,--elle

le tenait entre ses bras, enivrée, dans la chambre voisine de celle

où sonnaient quelquefois, parmi le grand silence nocturne, les pas

si proches de l'époux qui aurait pu se montrer tout à coup, armé, de

l'époux qui n'eût pas fait grâce!

Jupe courte · 第 36 / 80 题