AUTRE LETTRE DE M. LE MARQUIS DE CROISMARE À MADAME MADIN.

J'étais, madame, dans l'impatience, et heureusement votre lettre a

suspendu mon inquiétude sur l'état de mademoiselle Simonin, que vous

m'assurez hors de danger, et à couvert des recherches. Je lui écris; et

vous pouvez encore la rassurer sur la continuation de mes sentiments. Sa

lettre m'avait frappé; et dans l'embarras où je l'ai vue, j'ai cru ne

pouvoir mieux faire que de me l'attacher en la mettant auprès de ma

fille, qui malheureusement n'a plus de mère. Voilà, madame, la maison

que je lui destine. Je suis sûr de moi-même, et de pouvoir lui adoucir

ses peines sans manquer au secret, ce qui serait peut-être plus

difficile en d'autres mains. Je ne pourrai m'empêcher de gémir et sur

son état et sur ce que ma fortune ne me permettra pas d'en agir comme je

le désirerais; mais que faire quand on est soumis aux lois de la

nécessité? Je demeure à deux lieues de la ville, dans une campagne assez

agréable, où je vis fort retiré avec ma fille et mon fils aîné, qui est

un garçon plein de sentiments et de religion, à qui cependant je

laisserai ignorer ce qui peut la regarder. Pour les domestiques, ce sont

toutes personnes attachées à moi depuis longtemps; de sorte que tout est

dans un état fort tranquille et fort uni. J'ajouterai encore que ce

parti que je lui propose ne sera que son pis-aller: si elle trouvait

quelque chose de mieux, je n'entends pas la contraindre par un

engagement; mais qu'elle soit certaine qu'elle trouvera toujours en moi

une ressource assurée. Ainsi qu'elle rétablisse sa santé sans

inquiétude; je l'attendrai et serai bien aise cependant d'avoir souvent

de ses nouvelles.

J'ai l'honneur d'être, madame, votre très-humble et très-obéissant

serviteur.

À Caen, ce 21 février 1760.

La religieuse · 第 17 / 33 题