CHAPITRE QUATORZE.

_Du rapport des sept couleurs primitives avec les sept tons de la

Musique._

VOus savez que très-long-tems avant Descartes on s'étoit apperçu,

qu'un prisme exposé au Soleil donne les couleurs de l'Arc-en-Ciel:

on avoit vu souvent ces couleurs se peindre sur un linge, ou sur un

papier blanc, dans un ordre qui est toujours le même: bien-tôt on alla,

d'expérience en expérience, jusqu'à mesurer l'espace qu'occupe chacune

de ces couleurs; enfin on s'est apperçu que ces espaces sont entre eux

les mêmes que ceux des longueurs d'une corde, qui donne les sept tons

de la Musique.

[Chose très-remarquable dans Kirker.]

J'avois toujours entendu dire, que c'étoit dans Kirker, que Neuton

avoit puisé cette découverte de l'analogie de la lumiere & du son.

Kirker en effet dans son _Ars Magna Lucis & Umbræ_, & dans d'autres

Livres encore, appelle le _Son_ le Singe de la lumiere. Quelques

personnes en inféroient que Kirker avoit connu ces rapports; mais il

est bon, de peur de méprise, de mettre ici sous les yeux ce que dit

Kirker, page 146. & suivantes. «Ceux, dit-il, qui ont une voix haute &

forte tiennent de la nature de l'Ane: ils sont indiscrets & pétulans,

comme on sait que sont les Anes; & cette voix ressemble à la couleur

noire. Ceux dont la voix est grave d'abord, & ensuite aigue, tiennent

du Bœuf; ils sont, comme lui, tristes & coléres, & leur voix répond au

bleu céleste».

Il a grand soin de fortifier ces belles découvertes du témoignage

d'Aristote. C'est-là tout ce que nous apprend le Pere Kirker,

d'ailleurs l'un des plus grands Mathématiciens & des plus savans hommes

de son tems; & c'est ainsi, à-peu-près, que tous ceux qui n'étoient que

Savans, raisonnoient alors. Voyons comment Neuton a raisonné.

[Maniere de connaitre les proportions des couleurs primitives de la

lumiere.]

Il y a, comme vous savez, dans un seul rayon de lumiere sept principaux

rayons, qui ont chacun leur réfrangibilité: chacun de ces rayons a

son sinus, chacun de ces sinus a sa proportion avec le sinus commun

d'incidence; observez ce qui se passe dans ces sept traits primordiaux,

qui s'échappent en s'écartant dans l'air.

Il ne s'agit pas ici de considérer que dans ce verre même tous ces

traits sont écartés, & que chacun de ces traits y prend un sinus

différent: il faut regarder cet assemblage de rayons dans le verre

comme un seul rayon, qui n'a que ce sinus commun A, B.: mais à

l'émergence de ce crystal chacun de ces traits s'écartant sensiblement

prend chacun son sinus différent; celui du rouge, (rayon le moins

réfrangible,) est cette ligne C, B. celui du violet, (rayon le plus

réfrangible,) est cette ligne C, B, D.

[Illustration]

Ces proportions posées, voions quel est ce rapport, aussi exact que

singulier, entre les couleurs & la Musique. Que le sinus d'incidence

du faisceau blanc de rayons, soit au sinus d'émergence du rayon rouge,

comme cette ligne A, B, est à la ligne A, B, C.

Elémens de la philosophie de Neuton: Mis à la portée de tout le monde · 第 18 / 43 题