«Monsieur,
«Le roi vient de vous nommer commandeur de la Légion d'honneur. Le baron
de Talleyrand vous en porte l'avis officiel et les insignes. Je
suis heureux d'avoir à vous transmettre cette marque de la pleine
satisfaction du roi. Dans une situation délicate, vous vous êtes conduit
et vous vous conduisez, monsieur, avec beaucoup de dignité et de mesure.
Soyez sûr que j'apprécie toutes les difficultés, tous les ennuis que
vous avez eus à surmonter, et que je ne négligerai rien pour qu'il vous
soit tenu un juste compte de votre dévouement persévérant au service du
roi et du pays.
«Je comprends la préoccupation que vous cause et les devoirs que vous
impose la santé de madame Périer. J'espère qu'elle n'a rien qui doive
vous alarmer, et que quelques mois de séjour sous un ciel et dans un
monde plus doux rendront bientôt à elle tout l'éclat de la jeunesse,
à vous toute la sécurité de bonheur que je vous désire. Le roi vous
autorisera à prendre un congé et à revenir en France du ler au 15 août.
Dès que le choix du successeur qui devra vous remplacer par _intérim_,
comme chargé d'affaires, sera arrêté, je vous en informerai.
«J'aurais vivement désiré qu'un poste de ministre se trouvât vacant en
ce moment. Je me serais empressé de vous proposer au choix du roi.
Il n'y en a point, et nous sommes obligés d'attendre une occasion
favorable. Je dis _nous_, car je me regarde comme aussi intéressé que
vous dans ce succès de votre carrière. J'espère que nous n'attendrons
pas longtemps.»