«Monsieur,
«Je viens, fort à regret, aujourd'hui vous supplier de ne pas retarder
la décision par laquelle vous avez bien voulu me faire donner l'espoir
que vous mettriez un terme à une position qui ne peut plus se prolonger.
Il m'en coûte beaucoup, daignez le croire, de faire cette démarche; mais
vous me permettrez de vous rappeler qu'après six mois de la situation la
plus pénible, c'est la première fois que j'ai une pensée qui ne soit
pas toute de dévouement et d'abnégation. Je sais quels devoirs me
sont imposés par mes fonctions: à ceux-là je ne crois pas avoir failli
pendant douze ans de constants services. Je ne puis ni ne veux faillir à
d'autres devoirs qui ne sont pas moins sacrés. Madame Casimir Perier est
fort souffrante, et sa santé m'inquiète. Exilée à huit cents lieues de
son pays le lendemain même de son mariage, trop délicate pour un climat
sévère, elle a besoin maintenant, elle a un pressant besoin de respirer
un air plus doux, et les médecins ordonnent impérieusement les bains
de mer pour cet été. Veuillez donc, monsieur, supplier le roi de me
permettre de quitter la Russie vers la fin de juillet ou dans les
premiers jours d'août.
«Le roi connaît mon dévouement à son service; vous, monsieur, vous
connaissez mon attachement à votre personne: c'est donc sans crainte
d'être mal compris ou mal jugé que je vous expose la nécessité pénible
à laquelle me soumet aujourd'hui le soin des intérêts les plus légitimes
et les plus chers. On m'a mandé que votre intention était de ne pas
reculer mon retour au delà de l'époque que je viens d'indiquer, et j'ai
la conviction intime qu'en vous rendant à ma prière vous prendrez le
parti le mieux d'accord avec ce que les circonstances exigent. En effet,
l'empereur s'est prononcé, et il n'y a plus à en douter, M. de Pahlen ne
retournera pas à Paris dans l'état actuel des choses. La prolongation de
mon séjour à Pétersbourg devient aussi inutile qu'incompatible avec la
dignité du gouvernement du roi.»