IV

_Pleins pouvoirs donnés M. le comte de Sainte-Aulaire, à l'effet de

signer un traité relatif à la répression de la traite des noirs, avec

l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie. (20 novembre

1841.)_

Louis-Philippe, roi des Français, à tous ceux qui ces présentes lettres

verront, salut: N'ayant rien plus à coeur que d'opposer une efficace

et complète répression au crime de la traite des noirs, et LL. MM.

l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, la reine du

royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le roi de Prusse et

l'empereur de toutes les Russies, animés des mêmes sentiments, ayant

manifesté le désir de concourir avec nous au même but d'humanité, nous

avons pensé que le meilleur moyen d'arriver à cet heureux résultat

serait de signer avec Leurs dites MM. un traité commun et solennel qui

consacrât nos mutuelles dispositions à cet égard.

_A ces causes_, nous confiant entièrement à la capacité, prudence, zèle

et fidélité à notre service de notre cher et bien-aimé le comte Louis

Beaupoil de Sainte-Aulaire, pair de France, grand-officier de notre

ordre royal de la Légion d'honneur, etc., etc., et notre ambassadeur

extraordinaire près Sa Majesté Britannique, nous l'avons nommé, commis

et constitué, et, par ces présentes signées de notre main, nous le

nommons, commettons et constituons notre plénipotentiaire, nous lui

avons donné et donnons plein et absolu pouvoir et mandement spécial à

l'effet de se réunir aux plénipotentiaires, également munis de pleins

pouvoirs en bonne forme de la part de Leursdites MM. l'empereur

d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, la reine du royaume-uni de la

Grande-Bretagne et d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de toutes

les Russies, afin de négocier, conclure et signer, avec la même autorité

que nous pourrions le faire nous-même, tels traité, convention ou

articles qu'il jugera nécessaires pour atteindre le but que nous nous

proposons. _Promettant_, en foi et parole de roi, d'avoir pour

agréable d'accomplir et exécuter ponctuellement tout ce que notredit

plénipotentiaire aura stipulé et signé en notre nom, en vertu des

présents pleins pouvoirs, sans jamais y contrevenir ni permettre qu'il

y soit contrevenu directement ni indirectement pour quelque cause et

de quelque manière que ce soit; sous la réserve de nos lettres de

ratification que nous ferons délivrer en bonne et due forme pour être

échangées dans le délai qui sera convenu. En foi de quoi, nous avons

fait mettre notre sceau à ces présentes. Donné en notre palais de

Saint-Cloud, le 20e jour du mois de novembre de l'an de grâce 1841.

V

_M. Guizot à M. le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France à

Londres._

Paris, 17 février 1842.

Monsieur le Comte,

Le gouvernement de Sa Majesté Britannique ne croit pas pouvoir consentir

aux modifications que nous avions réclamées dans le traité signé à

Londres le 20 décembre dernier, et sa résolution se fonde moins sur la

nature même de ces modifications que sur des motifs d'ordre intérieur

et parlementaire qu'il ne m'appartient pas de discuter. Quant à nous,

monsieur le comte, les motifs que je vous exposais dans ma dépêche nº 7

du 1er de ce mois, et qui ne nous permettent pas de donner au traité du

20 décembre une ratification pure et simple, subsistent dans toute leur

force. J'ai rendu compte au roi de la réponse du cabinet britannique

ainsi que des considérations sur lesquelles, en vous la communiquant,

lord Aberdeen l'a appuyée; et le roi, de l'avis de son Conseil, n'a pas

cru pouvoir rien changer aux instructions que, par son ordre, je vous

avais déjà transmises à ce sujet. Mais, animés du plus sincère désir

de conciliation, et persévérant dans notre intention d'assurer la

répression efficace de la traite, nous sommes prêts à entrer

en négociation sur les modifications, réserves ou stipulations

additionnelles dont le traité du 20 décembre nous paraît susceptible,

et que l'incident élevé par le vote de la Chambre des députés nous place

dans la nécessité de réclamer. Il ne nous appartient pas d'indiquer,

aux puissances qui ont pris part avec nous à la signature du traité,

la marche qu'elles ont à suivre en cette occasion; mais soit qu'elles

jugent à propos d'ajourner leurs propres ratifications en attendant

que nous puissions donner aussi les nôtres, soit qu'il leur paraisse

convenable d'échanger, au terme fixé, leurs ratifications et de

laisser le protocole ouvert pour la France jusqu'à la conclusion des

négociations qui s'engageraient sur ces modifications indiquées, nous

n'élèverons contre l'une ou l'autre de ces manières de procéder aucune

objection, et nous ferons tous nos efforts pour amener la négociation

nouvelle à une bonne fin. C'est en ce sens, monsieur le comte, que vous

aurez à vous expliquer dans la conférence qui aura lieu sans doute

au Foreign-Office le 20 de ce mois. Je ne doute pas que toutes les

puissances contractantes ne demeurent convaincues de la loyauté des

intentions du gouvernement du roi et de la gravité des motifs qui

déterminent sa conduite.

Agréez, etc.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6) · 第 29 / 120 题