SAINT-MEGRIN, puis JOYEUSE
SAINT-MEGRIN
Cette étoile, c'est la mienne! Ruggieri, arrête!...Il ne m'entend
pas; il entre chez la reine mère. Cette étoile, c'est la mienne; et
ce nuage!...Vive-Dieu! je suis bien insensé de croire aux paroles de
ce visionnaire...Ces signes ne l'ont jamais trompé, dit-il. Dugast,
Dugast! et toi aussi, tu volais comme moi à un rendez-vous d'amour,
lorsque tu es tombé assassiné; et ton sang, en sortant de tes
vingt-deux blessures, bouillait encore d'espérance et de bonheur.
Ah! si je dois mourir aussi, mon Dieu! mon Dieu! que je ne meure du
moins qu'au retour! (Entre Joyeuse)
JOYEUSE
Je te cherchais, Saint-Mégrin. Eh bien, que fais-tu là? Est-ce que
tu lis dans les astres, toi?
SAINT-MEGRIN
Moi? Non.
JOYEUSE
Je t'avais pris en entrant pour un astrologue. Quoi! encore? Mais
qu'as-tu donc?
SAINT-MEGRIN
Rien, rien: je regarde le ciel.
JOYEUSE
Il est superbe! les étoiles étincellent.
SAINT-MEGRIN, avec mélancolie
Joyeuse, crois-tu qu'après notre mort, notre âme doive habiter un des
ces globes brillants, sur lesquels notre vue s'est arrêtée tant de
fois pendant notre vie?
JOYEUSE
Ces pensées ne me sont jamais venues, sur mon âme; elles sont trop
tristes...Tu connais ma devise: *Hilariter*, joyeusement!...voilà
pour ce monde...Quant à l'autre, peu m'importe ce qu'il sera, pourvu
que je m'y trouve bien.
SAINT-MEGRIN, sans l'écouter
Crois-tu que, là, nous serons réunis aux personnes que nous avons
aimées ici-bas?...Dis; crois-tu que l'éternité puisse être le
bonheur?...
JOYEUSE
Vrai-Dieu! tu deviens fou, Saint-Mégrin; quel diable de langage me
parles-tu là? Arrange-toi de manière que, demain, à pareille heure,
M. de Guise puisse t'en donner des nouvelles sûres, et ne me demande
pas cela, à moi. J'ai déjà le cou tout disloqué d'avoir regardé en
l'air.
SAINT-MEGRIN
Tu as raison; oui, je suis un insensé...
JOYEUSE
Voici le roi...Voyons, éloigne cet air soucieux. On dirait, sur mon
âme, que ce duel t'inquiète. Est-ce que tu serais fâché?...
SAINT-MEGRIN
Moi, fâché?...Vrai-Dieu! s'il me tue, Joyeuse, ce ne sera pas ma vie
que je regretterai, ce sera de lui laisser la sienne.