1615-1617
Plus d'assemblées pendant deux siècles. Mais celles du clergé
continueront, poursuivant un but fixe, la _proscription progressive des
protestants_, dont il fait au roi l'expresse condition de ses secours
d'argent, et l'_extermination des libres penseurs_, sous le nom
d'athées.
Le Tiers restait cependant à Paris, et il fut tout un mois, du 24
février au 24 mars. Tout dissous qu'il était, sa présence eût donné une
grande force au Parlement. Il semble que l'un et l'autre se soient
attendus. Ils ne firent rien du tout. Et ce fut seulement le 28, lorsque
le Tiers était parti, que le Parlement prit la parole, et par arrêt
invita les princes et les pairs à venir siéger. Arrêt opposé du Conseil.
Le Parlement tient bon, et, le 22 mai, vient lire ses remontrances au
Louvre. C'étaient celles des États, sur la ruine des finances. Mais, de
plus, le Parlement, entrant dans la politique même, priait le roi de
revenir _aux alliances de son père_, donc, de ne point s'allier à
l'Espagne. Il censurait l'audace insolente du clergé et des amis du
pape. Il demandait qu'on fît rendre gorge «à des gens sans mérite qui
avaient reçu des dons immenses,» et qu'on ne confiât plus les grandes
charges aux étrangers, qu'on ne peuplât plus le royaume de moines
italiens, espagnols, qu'on fît recherche des juifs, magiciens et
empoisonneurs, qui, depuis peu d'années, se coulaient aux maisons des
grands. C'était désigner Concini et sa femme, qui s'entouraient de ces
gens. Et, si cette désignation semblait obscure, le Parlement aurait
nommé.
Les ministres furent atterrés; mais Guise et d'Épernon offrirent leur
épée à la reine. Il eût fallu, pour soutenir le Parlement, que Condé fût
ici, mais il était parti avec les princes, aimant mieux faire la guerre
de loin. Il s'adressa à la fois au pape et aux huguenots, et, en réponse
aux prières de la reine, qui l'invitait à aller avec le roi au-devant de
l'infante, il lança un manifeste où il nommait Concini, comme capital
auteur des maux publics.
On n'a pas répondu au Tiers, dit-il. On a fait rayer de ses cahiers
l'article qui défendait la vie des rois, _rayer celui qui demandait la
recherche du parricide commis sur le feu roi_. On a voulu tuer Condé et
les princes. On précipite les mariages d'Espagne, ce qui fait croire aux
huguenots qu'on veut les exterminer. Le clergé, malgré le roi, a juré le
concile de Trente (la royauté du pape). Le roi est prié de ne pas partir
sans répondre aux États et sans chasser les Italiens.
Concini, mort de peur, aurait voulu céder. D'Épernon ne le permit pas;
il fit entendre à la reine qu'il fallait faire sur l'heure le mariage
d'Espagne, et s'assurer par là du secours de l'étranger. Du moment qu'on
tenait le roi, on tenait tout. En le mariant, on le précipitait vers
l'Espagne et vers Rome, et l'on tranchait tout l'avenir.
Les princes, trop faibles, n'empêchèrent rien. Condé, tout à la fois ami
des jésuites et des huguenots, n'eut aucune force populaire.
L'assistance que ses derniers lui prêtèrent ne fit que les compromettre.
La reine, malgré tout, mena le roi à la frontière.
L'infante Anne d'Autriche entra en France pour épouser Louis XIII;
Élisabeth de France passa en Espagne pour épouser Philippe IV (9
novembre 1615). Dès lors, la reine avait vaincu. Condé négocia,
s'arrangea pour un million et demi, et la position de chef du conseil.
Il traita pour lui seul, sans dire un mot des autres.
Le peuple, qui avait cru que son retour entraînait le départ du favori,
et qui le vit plus puissant que jamais créer un nouveau ministère, entra
en grande fureur. Elle éclata. Concini avait fait bâtonner par deux
valets un certain cordonnier nommé Picard, qui, sergent de la garde
bourgeoise, avait refusé de le laisser entrer à la porte Bucy sans
passe-port. La foule saisit les deux valets et les pendit à la porte du
cordonnier. Picard devint le héros du peuple.
Condé, rentrant, fut reçu en triomphe (juillet 1616). Il n'y fut pas
longtemps sans dire à son nouvel ami, Concini, qu'il ne pouvait, le
protéger contre la haine universelle. Lui parti, Condé restait maître,
et il ne manquait pas de gens autour de lui pour lui dire que, Louis
XIII étant bâtard adultérin, il était le seul héritier légitime du
trône. Il semblait avoir tout pour lui, la noblesse, Paris, le
Parlement. Il se trouva pourtant quelqu'un au Louvre (était-ce le
nouveau ministre Barbin, ou la créature de Barbin, le jeune Richelieu?)
qui osa croire qu'ayant le roi, on pouvait braver tout, même arrêter
Condé. Cela s'exécuta, sans coup férir. Le faux lion, pris comme un
agneau, descendit à cette bassesse d'offrir de dénoncer les siens (1er
sept. 1616).
Paris remua peu. Seulement la populace pilla l'hôtel de Concini; mais,
quand on vit le roi, la reine, aller au Parlement, avec les amis mêmes
de Condé, quand on sut qu'il voulait s'emparer du trône, on rentra dans
l'indifférence. Le jeune Richelieu, l'auteur probable de ce conseil
hardi, quoique évêque, eut un ministère.
Une nouvelle prise d'armes des princes menaçait Concini. Et l'on
parlait, de plus, d'une étrange ligue où Sully, Lesdiguières, se
seraient armés avec d'Épernon.
Le Louvre était-il sûr? Avant même l'arrestation de Condé, Concini et la
reine avaient cru entrevoir que l'enfant-roi leur échappait. Il était
triste et sombre. La reine, deux ou trois fois, lui offrit de lui
remettre le pouvoir. Timide au dernier point, il la pria de le garder.
Le changement du roi tenait à l'action secrète d'un certain Luynes qu'on
avait mis auprès de lui pour la volerie des faucons. Il avait des goûts
fort sauvages, de combats d'animaux, d'escrime et de chasse, de petits
métiers mécaniques. Nulle attention aux femmes, si bien que, trois ans
durant, ayant à côté de lui sa petite reine, fort jolie alors, il ne
songea pas seulement qu'il fût marié. Ce solitaire n'avait besoin que
d'un camarade.
Luynes était Provençal, d'origine allemande, d'humeur douce, de parole
aimable. Son grand-oncle était un Albert, joueur de luth allemand,
musicien de François Ier, dont il obtint pour son frère, qui était
prêtre, un canonicat de Marseille. Le chanoine eut deux bâtards; l'un
fut un très-bon médecin, attaché à la mère d'Henri IV, et qui lui prêta
dans ses malheurs tout ce qu'il avait, douze mille écus. L'autre suivit
les armes, fut archer du roi, et se battit devant Charles IX et toute la
cour en champ clos à Vincennes; il tua son adversaire. Montmorency se
l'attacha, et le fit gouverneur de Beaucaire.
Ce gouverneur, en considération des douze mille écus qu'Henri IV ne
rendit jamais, obtint de faire entrer son fils comme page d'écurie chez
le roi. L'enfant, qui est notre Luynes, était si joli, qu'on le fit page
de la chambre. Il arrivait sous d'excellents auspices, avec cette
charmante figure et la réputation d'une famille admirable en fidélité.
Luynes et ses frères, fort agréables aussi, n'imitèrent point la cour,
qui ne voyait que le présent, suivit Concini, oubliait le roi. Ils
visèrent à l'avenir, et ils s'attachèrent à l'enfant. Luynes se tint si
bas, si doux, parut si médiocre, que la reine n'en prit aucune défiance.
Ce ne fut qu'au voyage de Bayonne qu'on vit combien il tenait le roi.
Celui-ci, qui ne parlait guère, ne commandait jamais, dit qu'il voulait
que ce fût Luynes qui allât complimenter l'infante. Haute mission pour
un homme qui n'avait près du roi d'autre charge «que de lui siffler la
linotte.» Concini fut jaloux. Trop tard. Luynes, qui se sentit en péril,
acheta la capitainerie du Louvre, afin de demeurer jour et nuit près du
roi.
Il y avait dans le Louvre un autre ennemi de Concini, un homme qui
n'avait jamais voulu le saluer, le jeune Vitry, capitaine des gardes.
Vitry le père, fort ami de Sully, fut le seul, au jour de la mort du
roi, qui n'adora pas le soleil levant. Quand il mourut lui-même et que
son fils eut sa charge, Concini dit: «_Per Dio!_ il ne me plaît guère
que ce Vitry soit maître du Louvre. Cet homme-là peut faire un mauvais
coup!»
Le jeune roi, par Luynes ou Vitry, dut savoir de bonne heure les tristes
misères de la mort de son père. Si la reine avait laissé tuer son mari,
elle pouvait fort bien encore, obsédée des mêmes gens, les laisser
détrôner son fils. Il était fort jaloux de son frère Monsieur, bien plus
aimable, né dans une heure plus gaie, à la première aurore de Concini,
et qui avait toutes les grâces féminines d'un jeune Italien. Ce frère,
aimé de la mère et de tous, avait le mérite, d'ailleurs, d'être fort
jeune, et, s'il eût été roi, une seconde régence eût commencé. Tout cela
n'était pas absurde. Et, quand on voyait, dans la chambre la plus
voisine de la reine, à peine séparée par un mur, sa sorcière Léonora
entourée de médecins juifs, de magiciens, troublée de plus en plus, et
comme agitée des furies, n'y avait-il rien à craindre? Le roi ayant été
malade juste au moment où il avait sa petite femme, on le crut, il se
crut lui-même peut-être ensorcelé. Il commençait à se dire comme Henri
IV: «Ces gens ont besoin de ma mort.»
Luynes, qui avait trente ans, avec ses frères, hommes d'épée, n'était
pas seulement un camarade complaisant pour cet enfant seul et inquiet;
c'était comme un garde du corps qui le rassurait. Mais Luynes même était
fort timide, dit Richelieu. Il pensa que le roi, si jeune, ne le
défendrait pas, et il voulait traiter. Il fit demander à Concini de lui
donner une de ses nièces en mariage. Concini l'aurait accordée, pour se
remettre bien avec le roi et pour en obtenir, à son prochain veuvage,
une fille naturelle d'Henri IV. Il agissait déjà comme si sa femme
Léonora était morte. Elle n'était pas si folle qu'elle ne devinât tout
cela. Elle y mit son _veto_ et empêcha tout rapprochement avec Luynes.
Celui-ci, rebuté, visa moins haut; il s'adressa aux ministres de
Concini. Il demanda la nièce de l'un d'eux pour son frère, et Richelieu
conseillait fort ce mariage. Mais on refusa encore. Et Luynes, ayant
tout épuisé, et bien sûr qu'on voulait le perdre, agit pour perdre
Concini.
La reine avait fait une chose ou coupable ou bien imprudente. Elle avait
envoyé les gardes du roi à l'armée, et lui avait donné ses propres
gardes. Luynes montra au roi qu'il se trouvait prisonnier de sa mère.
Mais, que faire? L'enfant royal n'avait personne à lui. Deux
gentilshommes d'assez mauvais renom, qui soignaient ses oiseaux, un
commis, un soldat, un jardinier, ajoutez-y Travail ou le Père Hilaire,
le huguenot capucin (V. plus haut), voilà les conjurés illustres avec
qui le roi de France conspira pour sa liberté. Il n'y avait pas, dans
tout cela, un homme d'exécution. Le jeune Montpouillan, camarade du roi,
disait qu'il poignarderait bien Concini, mais dans le cabinet du roi.
C'était mettre celui-ci en péril. On s'adressa à Vitry, capitaine des
gardes, _pour l'arrêter_, ou _le tuer_, s'il faisait résistance.
On avait bien _arrêté_ le prince de Condé, dit Richelieu; on aurait pu
en faire autant pour Concini. Étrange oubli des circonstances: le roi
n'avait _personne_, et son homme, Vitry, capitaine des gardes, n'avait
point les gardes avec lui. Concini, au contraire, ne marchait qu'entouré
d'une trentaine de gentilshommes. À grand'peine, Vitry en réunit quinze,
les cacha, les arma de pistolets sous leurs habits.
Il le prit au moment où il venait le matin faire sa visite ordinaire à
la reine. Il était sur le pont du Louvre avec cette grosse escorte.
Vitry était si effaré, qu'il le passa, sans le voir, l'ayant devant les
yeux. Averti, il retourne: «Je vous arrête!...--_A mi!_ (À moi!)»--Il
n'avait pas fini, que trois coups, quatre coups de pistolet partaient,
lui brûlaient la cervelle...
«C'est par ordre du roi,» dit Vitry. Un seul des gens de Concini avait
mis l'épée à la main (24 avril 1617).
Le Corse Ornano prit le roi, le souleva dans ses bras, le montra aux
fenêtres. Le peuple ne comprenait pas. On avait dit d'abord que Concini
avait blessé le roi. Mais, quand on sut, au contraire, que c'était lui
qui était tué, il y eut une explosion de joie dans toute la ville.
La reine mère était très-effrayée. Son seul cri fut: «_Poveretta di
me!_» Cependant qu'avait-elle à craindre? Quelque antipathie qu'eût son
fils pour elle, il ne pouvait songer à la mettre en jugement. On se
contenta de lui ôter ses gardes. On mura, moins une seule, les portes de
son appartement.
Elle ne montra nulle pitié pour Concini ou sa veuve. Quelqu'un disant:
«Madame, Votre Majesté peut seule lui apprendre la mort de son
mari.--Ah! j'ai bien autre chose à faire!... Si on ne peut la lui dire,
qu'on la lui chante ... qu'on lui crie aux oreilles: L'_Hanno
ammazzato_.»
Mot terrible, c'était celui même que Concini avait dit à la reine, au
jour de la mort d'Henri IV, en lui apprenant la nouvelle qu'elle ne
connaissait que trop bien!
Léonora tremblante lui demandait asile. Elle refusa. Alors cette femme,
chez qui la reine tenait les diamants de la couronne (comme ressource en
cas de malheur), se déshabilla et se mit au lit, en cachant les diamants
sous elle. On la tira du lit; on fouilla tout, on mit la chambre au
pillage, on la mena à la Conciergerie. Paris était en fête. La foule
cherchait et déterrait le cadavre de son mari, qu'on brûla
solennellement devant la statue d'Henri IV, en signe d'expiation. On dit
qu'un forcené lui mordit dans le coeur, et en dévora un morceau.
La vie de la reine mère ne tenait qu'à un fil. Parmi les meurtriers,
plusieurs l'auraient voulu tuer, pensant qu'elle pourrait bien se
relever plus tard et venger son amant. Mais Luynes n'eût osé ni
conseiller un tel acte à l'enfant royal, ni le faire faire sans ordre.
Il la sauva en l'entourant des gardes du roi. Le capucin Travail, le P.
Hilaire, qui jadis avait intrigué contre le mariage de Marie de Médicis,
et qui fut acteur et exécuteur dans le meurtre de son favori, croyait
que rien n'était fait si elle ne périssait. Il s'adressa à un homme qui
était à elle et entrait chez elle à volonté, son écuyer Bressieux,
l'engageant à la tuer. L'écuyer refusait:
«N'importe, dit Travail; je ferai en sorte, que le roi aille à
Vincennes, et alors _je la ferai déchirer par le peuple_.» (_Revue
rétrospective_, II, 305.)
De Luynes, qui avait promis au capucin l'archevêché de Bourges s'il
aidait à tuer Concini, et qui, la chose faite, ne voulait pas tenir
parole, profita des mots sanguinaires que ce bavard avait jetés par
folie et bravade, le fit juger et rompre vif.
Pour revenir, le roi avait fait dire au Parlement qu'il avait ordonné
d'arrêter Concini, qui, ayant fait résistance, avait été tué. Il ne
parlait de sa mère qu'avec respect, disant «qu'il avait supplié sa dame
et mère de trouver bon qu'il prit le gouvernail de l'État.» Le Parlement
vint le féliciter.
Le procès si facile qu'on pouvait faire à Concini et à sa femme
(spécialement pour certaines intelligences avec l'ennemi, que la reine
avait pardonnées), ce procès fut habilement étouffé, détourné. On en fit
un procès de sorcellerie. C'était l'usage, au reste, de ce siècle.
Les tyrannies libidineuses des prêtres dans les couvents de femmes,
quand par hasard elles éclatent, tournent en sorcellerie, et le Diable
est chargé de tout.
Léonora elle-même se croyait le Diable au corps, et elle s'était fait
exorciser par des prêtres qu'elle fit venir d'Italie, dans l'église des
Augustins. Comme elle souffrait cruellement de la tête, Montalte, son
médecin juif, fit tuer un coq, et le lui appliqua tout chaud, ce qu'on
interpréta comme un sacrifice à l'Enfer. On trouva aussi chez elle une
pièce astrologique, la nativité de la reine et de ses enfants. Il n'est
nullement improbable qu'elle ait cherché, quand son crédit fut ébranlé,
à retenir la reine par la sorcellerie. C'était la folie générale du
temps.
Luynes y croyait aussi. Il avait fait venir, dit Richelieu, deux
magiciens piémontais pour lui trouver des poudres à mettre dans les
habits du roi et des herbes dans ses souliers.
Quoi qu'il en fût de la sorcellerie de Léonora, tout cela ne valait pas
la mort. Et ses vols mêmes, ses ventes effrontées de places et
d'ordonnances, n'auraient mérité que le fouet.
La tradition de la cour, très-favorable à ces gens-là, comme ennemis
d'Henri IV, n'a pas manqué d'inventer, de prêter à Léonora des paroles
fières, insolemment hardies, par exemple: «Mon charme fut celui de
l'esprit sur la bêtise.» Elle fut décapitée en Grève, et puis brûlée.
La reine se retira quelque temps à Blois.
D'Épernon, dont Luynes avait peur, ne fut pas inquiété.
Seulement on garda contre lui le témoin Dujardin Lagarde, à qui on donna
pension, en le priant toutefois de tenir prison, le roi n'étant pas sûr
autrement de le sauver des assassins. Il y écrivit, et fit imprimer,
publier son factum. (1619, _Archives curieuses_, XV, 145.)
L'infortunée dame d'Escoman semblait devoir enfin triompher, dans de
telles circonstances.
Mais Luynes ménageait trop la reine; il craignait son retour. Il lui
accorda en 1619 une faveur signalée. C'était que la sentence de 1613,
qui arrêtait tout, «_vu la qualité des accusés!_» fût réformée, au
profit de la reine, l'accusation déclarée calomnieuse, la reine et
d'Épernon innocentés, et la d'Escoman condamnée.
Le Parlement se prêta à cette volonté de la cour, se payant de l'idée de
repos public, voulant relever l'autorité, réhabiliter la reine exilée,
qu'on chansonnait par tout Paris.
La d'Escoman fut condamnée à finir ses jours entre quatre murs, au pain
et à l'eau.
Il y avait un égout dans Paris, _les Filles repenties_, où l'on
entassait les coquines ramassées dans les mauvais lieux, lesquelles y
continuaient leur métier avec des prêtres. (Lestoile, 1610, édit.
Michaud, p. 561.) C'est là qu'on mit la pauvre d'Escoman. On lui bâtit
dans la cour du couvent une loge murée, sauf un petit trou grillé. Elle
gisait là par terre et dans l'ordure, grelottante, affamée, pleurant
pour le rebut des chiens.
Ce fut la récompense de la personne humaine et intrépide qui s'était
dévouée pour sauver Henri IV, et qui seule en France demanda justice de
sa mort.