LE ROI SE RAPPROCHE DES PROTESTANTS

1604-1606

Richelieu nous a tracé de main de maître le portrait du créateur

originaire de sa fortune, qui fut son prédécesseur dans les affections

de Marie de Médicis, du signore de Concini. Concini succédait lui-même à

ces cousins de la reine, les Orsini, ses premiers _cavaliers servants_.

Il rendit au roi le service de les supplanter. Un homme de sa condition

était moins embarrassant, et pouvait _servir_ la reine avec moins

d'éclat et de bruit.

Concini était né en pleine cour, fils du ministre dirigeant de Côme de

Médicis, mais cadet, troisième cadet, d'une maison qui n'était pas

riche. Il avait eu force aventures, prison, fuite et bannissement. Il

avait été domestique du cardinal de Lorraine; mais c'était un homme

charmant, un rieur, un beau joueur, un élégant cavalier. La triste

Léonora, si disgraciée de la nature, avait cependant osé regarder le

brillant jeune homme. À leur départ de Florence, elle l'aida de quelque

argent; et l'usage qu'il en fit, ce fut d'acheter un cheval de deux

mille ducats, qu'il eut l'impertinence de donner à Henri IV.

Ce petit fait peint l'homme de la tête aux pieds. Il n'était que vanité,

folie, insolence. Il passait tout le jour au jeu comme un grand

seigneur. Il plut d'autant plus à la reine, qui le maria à sa Léonora,

afin de le pouvoir garder. Avec cet arrangement, Marie de Médicis peut

être sévère à son aise, jalouse de son mari, inexorable et terrible pour

la régularité de sa maison. Une de ses filles ayant, la nuit, reçu un

amant qui se sauva en chemise, la reine exigea que le roi le fît

condamner à mort (par contumace heureusement).

Léonora, modeste et sage, n'aurait visé qu'à l'argent. Mais Concini, un

fat, un fou, avec ses goûts de grandeur, ne pouvait manquer de suivre le

vent de la cour, qui était tout à l'Espagne. Le grand-duc de Florence,

son maître, s'était refait Espagnol. Marie de Médicis ne rêvait que le

double mariage espagnol, qui était aussi toute la politique de l'ancien

ligueur Villeroy.

Un commis de Villeroy, qui déchiffrait les dépêches, en donnait copie à

Madrid. Concini communiquait par une voie plus détournée, par

l'ambassadeur du grand-duc auprès de Philippe III, ses lettres passaient

par Florence, pour être envoyées à Madrid.

Le roi avait ainsi l'Espagne tout autour de lui, chez lui. En avril

1605, il apprit l'affaire du commis, que Villeroy laissa fuir, et qu'on

trouva dans la rivière, non pas noyé, mais étranglé.

Et, au même moment, un coup plus sensible lui était porté. Les Espagnols

avaient gagné Entragues; le père d'Henriette, et son frère, le comte

d'Auvergne, déjà mêlé à l'affaire de Biron.

Elle-même était-elle innocente? Son père disait oui, son frère disait

non.

La faute en était au roi, qui n'avait pas su prendre un parti avec elle,

et l'avait exaspérée.

La reine, pour faire digérer son nouveau cavalier servant, avait trouvé

bon qu'Henriette eût un logement dans le Louvre. Mais celle-ci croyait

qu'elle ne la souffrait là que pour la faire tuer un matin. Elle avait

prié le roi de la marier, ou de la laisser partir. Il ne faisait ni l'un

ni l'autre, lui disait qu'il la marierait, et se dépitait contre elle

quand elle cherchait un mari.

Il la relevait, il la rabaissait. Il reconnaissait son fils, qu'elle

appelait _mon Dauphin_. Il ne pouvait se passer d'elle, et il employait

l'homme le plus grave du royaume, Sully, à négocier avec elle dans leurs

brouilleries. Une lettre d'Henriette à Sully indique que c'était

justement alors qu'il était plus amoureux et d'une impatiente exigence.

Elle était fière et révoltée d'avoir à se soumettre ainsi. De plus en

plus, elle songeait à fuir en Espagne, et elle entra dans les projets de

son père et de son frère.

Qu'elle ait eu dès 1604 l'idée de tuer le roi, qu'elle ait su le fond du

complot, je ne le crois pas. Mais certainement elle voulait enlever son

fils en Espagne, et le constituer Dauphin contre le Dauphin avec l'appui

des Espagnols.

Ceux-ci, qui n'en pouvaient finir avec le grand siége d'Ostende depuis

trois années, avaient monté deux machines qui les auraient débarrassés

des deux appuis de la Hollande, d'Henri IV et de Jacques VI.

Contre le premier, ils fomentèrent _le complot d'Entragues_.

Contre le second, ils accueillirent, encouragèrent l'infernale

_conjuration des poudres_, qui commença en même temps.

Le roi, pour être plus ferme contre Henriette, dans ce procès, avait

pris une autre maîtresse, plus belle, mademoiselle de Beuil, qu'il dota,

titra à grand bruit, et fit comtesse de Moret. Mais celle-ci n'était

qu'un corps. L'autre était une âme, maligne et méchante, il est vrai,

mais une âme enfin. Et elle sentait sa puissance. Son père, son frère,

furent condamnés; on menaçait de l'enfermer et de lui ôter ses enfants.

Elle ne s'effraya pas. Elle dit toujours bravement qu'elle avait

promesse du roi, et que ses enfants étaient les seuls légitimes; que, du

reste, n'ayant rien su, elle ne demandait que trois choses: pardon pour

son père, une corde pour son frère, et justice pour elle.

Le roi gracia le père, enferma le frère, et elle, l'éloigna un moment.

Mais il la fit revenir. Insigne imprudence. Humiliée, et subissant et

cette grâce et cet amour, désormais insupportable, elle devint tout à

fait perverse et très-dangereuse.

Dans cette cruelle affaire, il avait senti au coeur la pointe du

poignard espagnol. On l'avait pris par sa maîtresse. On chercha une

autre ouverture, on entreprit de lui ôter son grand serviteur Sully.

Celui-ci venait de prendre une grave initiative. Il se voyait au plus

haut dans l'amitié de son maître. Il avait reçu de lui comme un nouveau

ministère, la surveillance des affaires étrangères et du très-suspect

Villeroy. (_Lettres_, VI, 253.) Il vit que le roi ne pouvait tarder à se

mêler directement de la Hollande et du Rhin pour la succession de

Clèves: donc qu'il serait obligé de revenir aux protestants. Lui-même,

qui les avait fort mécontentés, se rapprocha d'eux. La mort de la

Trémouille, celui de leurs chefs qu'aimait le moins Henri IV, permettait

le rapprochement. Sully maria une de ses filles à un protestant illustre

et le chef futur du parti, le jeune duc de Rohan. (13 février 1605.)

Cela eut effet. Et un moine, chargé d'espionner les gens qui se

rendaient au temple d'Ablon, d'espion se fit prosélyte, jeta le froc, et

tout haut se déclara protestant.

De là un curieux duel entre Sully et Cotton.

Cotton tâchait de le noircir, et toute la cour aidait à la calomnie. On

parvint à faire naître entre lui et le roi un petit nuage qui,

heureusement pour la France, se dissipa au moment même. Lorsque déjà on

croyait Sully disgracié sans remède, le roi lui ouvrit les bras. Il faut

lire dans les _OEconomies_ cette scène touchante dont on a tant parlé et

qui a passé en légende.

Par représailles, Sully surprit, montra et publia une pièce secrète où

Cotton avait écrit les questions qu'il devait adresser au diable qu'une

possédée faisait parler. Pièce qu'on trouva ridicule, mais que nous

trouvons tragique, en y voyant certains noms qui vont se représenter à

la mort du roi.

Sully, dès lors se constituant avocat des protestants, se rendit

lui-même, comme gouverneur du Poitou, à leur assemblée de Châtellerault.

La confiance se rétablit. Il leur dit que, s'ils tenaient à leurs

méchantes petites places qui n'auraient pu se défendre, on les leur

laisserait quelque temps encore. D'autre part, les protestants le

reçurent à la Rochelle. Les portes lui en furent ouvertes, quoiqu'il eût

avec lui une petite armée, de douze cents chevaux. Ces excellents

citoyens, et les meilleurs de la France, qu'on disait amis de l'Espagne,

ne pensaient qu'à lui faire la guerre. Ils régalèrent Sully d'un combat

naval où vingt vaisseaux fleurdelisés battaient vingt vaisseaux

espagnols.

Sully, désormais bien sûr qu'ils ne soutiendraient pas Bouillon, donna

au roi l'excellent conseil de venir lui-même en Limousin et en Quercy.

Il y vint avec une armée (sept. 1605), mais elle fut inutile. Bouillon

avait donné ordre qu'on ouvrit les places au roi. Une enquête contre les

agents de l'Espagne, qui voulaient lui livrer des villes, Marseille,

entre autres, révéla des coupables, mais généralement catholiques. La

grande masse protestante était loyale et dévouée. Revoir leur roi de

Navarre après tant d'années, retrouver vieillie, blanchie, la tête

chérie des anciens jours, le camarade des souffrances, des misères et

des combats, ce fut un attendrissement universel. Les Rochelois vinrent

lui dire qu'il ne passât pas si près sans les visiter; qu'il vînt avec

son armée; que toutes les portes lui seraient ouvertes; que, si elles

n'étaient assez larges, ils abattraient encore trois cents toises de

mur. «Vous les entendez?» dit le roi à toute la cour. Et alors il les

embrasse par trois fois en versant des larmes.

Second jour d'unanimité, dans ce pays si divisé. Je compte pour le

premier jour, non moins mémorable, celui où l'armée d'Henri III et celle

d'Henri de Navarre, la réformée, la catholique, en juin 1589, s'étaient

reconnues, embrassées.

Le roi avait pu reconnaître quels étaient véritablement ses amis, ses

ennemis, et combien toutes ses faiblesses pour ceux-ci étaient inutiles.

Il était à peine revenu à Paris, qu'on apprit (novembre 1605)

l'explosion la plus terrible, le complot le plus scélérat, dont il y ait

eu jusque-là exemple, de mémoire d'homme.

Rien n'apaisait les fanatiques, nulle concession ne suffisait. Ils

étaient divisés entre eux. Pendant que les doux, les patients, les

rusés, vous caressaient, pendant qu'un François de Salles charmait et

touchait le coeur, un Parson, ou un Garnet, pouvait vous frapper par

derrière.

Les percées hardies, violentes, que faisaient les impatients,

trahissaient leurs souterrains. Leur Sigismond III (de Pologne), emporté

par les Jésuites, perdit ainsi la Suède. Leur jeune Ferdinand d'Autriche

et les princes de sa famille poussaient les choses si vite, que, de

Bohême, de Hongrie, de Moravie, on regardait vers la France, et l'on

préparait un soulèvement. Venise se plaignait d'avoir une inquisition

jésuitique, plus redoutable déjà que l'Inquisition d'État. De partout

un cri s'élevait: «L'Europe est minée en-dessous.»

Ils protestaient. Plusieurs même, comme Cotton, semblaient des simples,

des crédules. Pendant qu'on en rit, la nouvelle se répand que ces

doucereux personnages ont voulu faire sauter le roi d'Angleterre, sa

cour, tout le parlement.

Les Jésuites jurèrent que la conspiration était puritaine. Il fallait,

pour croire cela, les puritains étant déjà si nombreux au Parlement,

admettre que ces sectaires avaient conspiré pour se faire sauter

eux-mêmes.

Les puritains, grand parti, qui avaient pour arrière-garde tout le

royaume d'Écosse, et qui se voyaient désormais assurés dans le

Parlement, n'avaient que faire d'un tel crime. C'était trop clairement

l'acte désespéré d'une minorité minime que le roi avait sottement

flattée et qui, trompée dans ses espérances, croyait couper d'un seul

coup la tête de l'Angleterre, puis régner par les Espagnols.

Le chef réel de l'affaire, Garnet, supérieur des Jésuites, ne fut point

mis à la torture; le roi le fit bien traiter. Il nia, puis avoua; mais

là encore il se coupait, disant qu'il avait su la chose _en confession_;

et, plus tard, _hors de confession_.

Quiconque lira son procès (_State trials_, I, 247-310) dira, non qu'il

fut complice, mais qu'il fut l'âme même de la conspiration.

Le monde fut stupéfié. On discutait, on attaquait Mariana, sa théorie

sur le droit de tuer les rois. Ici la pratique allait bien autrement

loin. Il s'agissait d'anéantir indistinctement le roi, les princes, les

pairs, les communes, les assistants, tout ce qu'il y avait de

considérable dans le pays; enfin, pour ainsi parler, de faire sauter

tout un peuple.

Il y avait tant de poudre entassée sous la salle de Westminster, qu'avec

le palais, sans nul doute, toute cette partie de Londres eût sauté en

l'air.

Henri IV vit, je crois, dès lors, plus clair dans sa situation. En

janvier 1606, il dit toute sa pensée à Sully: Préparer la grande guerre,

en divisant l'ennemi. Mais avant tout il fallait, en France même,

arracher l'épine qui restait encore, réduire le duc de Bouillon.

Le roi alla à lui, avec une armée, «mais les bras ouverts.» Pas un

protestant ne le défendit. En revanche, les ennemis de la France, les

bons amis de l'Espagne, la reine, Villeroy, tous les grands seigneurs

conseillaient de le ménager. Le roi le fit en effet, se contentant

d'occuper Sedan pour quatre ans, par un gouverneur huguenot.

Bouillon était fini, perdu, surtout dans l'opinion, ayant démenti sa

réputation de prévoyance, ayant misérablement livré ses amis. Il ne

restait aucun des grands qui pût sérieusement résister.

Mais d'autant plus violemment revenait-on aux moyens du fanatisme

populaire. Il se trouvait à chaque instant des fous pour tuer le roi.

Un, tout à fait aliéné, l'arrêta sur le pont Neuf, le tira par son

manteau et le tint sous le poignard. Un autre, un fou béarnais, se mit à

prêcher sur les places contre les huguenots. Des batailles eurent lieu

dans Paris, et non sans mort d'homme. Un protestant fut attaqué et tué

sur le chemin d'Ablon.

Tout cela ne pouvait étonner, quand on entendait les sermons violents,

factieux, assassins, qu'on faisait contre le roi, tout comme au temps de

la Ligue. De nombreux couvents surgissaient, foyers ardents de

fanatisme, puissantes machines à faire des fous.

Toutes les formes de la pénitence furent étalées, affichées. Les Picpus,

les Récollets, les Augustins déchaussés, les Frères de la charité (pour

la captation des malades), s'établirent partout à Paris, sous la

protection des reines, de Marguerite et de Marie de Médicis. Le 24 août

1605, jour même de la Saint-Barthélemy, les princesses, en grande pompe,

menèrent les Carmélites à leur célèbre couvent de la rue d'Enfer,

l'école de l'extase espagnole, qui pullula tellement que cette maison

d'Enfer engendra soixante-deux maisons qui couvrirent toute la France.

En juillet 1606, autre scène, et plus dramatique. Les Capucines furent

menées par madame de Mercoeur et autres princesses de Guise, à travers

tout Paris, de la Roquette à la rue Saint-Honoré (la future place

Vendôme). Nu-pieds, couronnées d'épines, ces filles de la Passion,

émurent vivement le public.

Ce spectacle de cinq ou six femmes vouées à la vie la plus dure, à une

mort anticipée, faisait dire aux exaltés: «À quel degré est donc montée

l'abomination publique, qu'il faille une telle expiation?... Pourquoi

laisse-t-on si longtemps vivre l'anathème au milieu de nous?» Ainsi la

pitié tournait en colère, arrachait des larmes de rage; et ces larmes,

adressées au ciel, demandaient l'assassinat.

Le roi, devant ces fureurs ascétiques et monastiques de gens qui se

frappaient eux-mêmes dans l'espoir de le frapper, fit une chose

courageuse, que lui demandait Sully depuis près d'un an. Il mit le

temple des réformés à _deux_ lieues de Paris, le transportant d'Ablon,

distant de cinq lieues, à Charenton, c'est-à-dire presque aux portes de

la grande ville.

On ne peut se figurer quelle fut la violence des résistances. On fit

réclamer le seigneur du lieu, et il s'ensuivit un procès qui dura

soixante années. Sans en attendre l'issue, on fit arriver au roi

d'aigres et menaçantes plaintes; l'Édit de Nantes, disait-on, n'avait

autorisé le temple qu'à quatre lieues de Paris. «Eh bien, dit le roi

gaiement, qu'on sache que désormais Charenton est à quatre lieues.»

Alors on essaya de la violence populaire, des batteries, des coups de

bâton. Mais le roi, sur le chemin, fit mettre une belle potence, qui

avertit suffisamment, et l'on n'eut besoin d'y pendre personne.

Ce simple rapprochement du Temple, mis si près du centre, presque dans

Paris, le prêche en ce lieu sonore, d'où tout retentit en France,

l'éloquence austère des ministres, en face des échos de la Ligue, des

sermons en calembours, en rébus, en madrigaux, où brillait l'esprit des

Jésuites, ce fut un grand coup de parti.

Chacun se tint pour averti. Quoique le roi continuât un simulacre de

bascule, on vit bien, dans les grandes choses, qu'il inclinait aux

protestants. Personne ne fut étonné lorsque, peu après, il entraîna

l'Angleterre dans un traité où les deux puissances couvraient

définitivement la Hollande de leur garantie.

Les protestants, un à un, lui revinrent, et d'Aubigné même.

La guerre d'Espagne, l'affranchissement des consciences, la liberté

religieuse de l'Europe que pouvait fonder Henri IV, c'était l'idée

nouvelle du temps. C'est elle qui lui ramena l'intraitable d'Aubigné, et

le jeta dans ses bras:

«Je me rendis à la cour, où le roi, sous prétexte de me

charger de l'inspection des joutes, me tint deux mois sans

me parler de ce qu'il avoit sur le coeur. À la fin, comme

j'entrois avec lui dans un bois où il alloit chasser, il me

dit: «D'Aubigné, je ne vous ai point parlé de vos

assemblées, où vous avez pensé tout gâter, parce que vous

étiez de bonne foi, et que j'étois sûr qu'il ne se passeroit

rien contre ma volonté. Un des vôtres, et des meilleures

maisons, ne m'a coûté que cinq cents écus. Que de fois j'ai

dit, en vous voyant si rétif:

«Oh! que si ma gent eût ma voix oui,

J'eusse en moins de rien pu vaincre et défaire, etc.»

Je répliquai: «Sire, je savois tout. Mais nommé par les

Églises, j'ai cru devoir les servir, d'autant plus qu'elles

étoient plus abaissées ...» Le roi m'embrassa et suivit sa

chasse. Mais courant après lui, je lui dis: «Sire, en

regardant votre visage, je reprends mes anciennes

hardiesses. Défaites trois boutons de votre pourpoint, et

faites-moi la grâce de me dire ce qui vous a mû à me haïr

...» Alors il pâlit, comme il faisoit quand il parloit

d'affection, et dit: «Vous avez trop aimé la Trémouille;

vous saviez que je le haïssois ...»

«Sire, repartis-je, j'ai été nourri aux pieds de Votre

Majesté, et j'y ai appris de bonne heure à ne pas délaisser

les personnes affligées et accablées par une puissance

supérieure. Approuvez en moi cet apprentissage de vertu que

j'ai fait auprès de vous.» Cette dernière réponse fut suivie

d'une seconde embrassade que me fit mon maître, en me disant

de me retirer.

«Sur quoi il faut que je dise ici que la France, en le

perdant, perdit un des plus grands rois qu'elle eût encore

eus; il n'était pas sans défauts, mais en récompense il

avoit de sublimes vertus.»

Histoire de France 1598-1628 (Volume 13/19) · 第 25 / 90 题