LE DON DE SCIENCE

Le don de science est une lumière surnaturelle, infuse dans l’âme

raisonnable, qui montre à l’homme la route de la perfection supérieure.

Quand l’homme a secoué le joug du démon, il a rencontré la crainte qui

aime, il a éclairé au fond de lui l’appétit irascible par la lumière du

Seigneur. Quand il a ouvert son âme à toutes les miséricordes et à

toutes les compassions, il a répandu la lumière divine sur l’appétit

concupiscible. Mais il faut que la discrétion règle la crainte, règle la

miséricorde, discerne les personnes, les choses, les temps, les

occasions, les cœurs, les mesures, et voici le don de science, qui

s’adresse à l’intelligence et jette sur elle la clarté de l’esprit.

Le don de science donne à l’homme la connaissance de lui-même, et avec

la connaissance le mépris profond. De lui procèdent les larmes: à lui

s’applique cette parole de Jésus-Christ: Bienheureux ceux qui pleurent,

parce qu’ils seront consolés.

Ceux qui pleurent, ce sont ceux qui savent.

Le don de science est une ressemblance divine. Dieu sait tout d’une

science éternelle. De toute éternité, il contemple toutes ses créatures

dans leur type qui est consubstantiel à lui-même: c’est d’après cette

science qu’il donne au ciel, à la terre et à tout ce qu’ils contiennent,

l’ordre, la mesure et l’ornement. C’est d’après cette science qu’il

répond aux hommes dont toute la vie et tous les actes sont des paroles

dirigées vers lui. C’est d’après cette science qu’il éclaire au dedans

et au dehors toutes les créatures éclairées, suivant leurs capacités

propres. Jésus-Christ était comblé de science, et il accomplit tous les

actes de sa vie, conformément à sa lumière immense.

Celui qui possède le don de science introduit la perfection dans le

domaine de l’intelligence.

Le don de crainte, qui gouverne l’appétit irascible, s’appliquait

spécialement à la terre, qui est sous nos pieds; car l’appétit irascible

est la plus basse des forces. Le don de piété, qui gouverne l’appétit

concupiscible, s’appliquait spécialement à l’eau; car la compassion

coule sur les mondes. Le don de science, qui gouverne le désir

raisonnable, s’applique spécialement à l’air, qui est orné d’oiseaux

comme la terre est ornée d’arbres. Il y a des oiseaux qui marchent sur

la terre; il y en a qui se promènent sur l’eau; il y en a qui volent

dans l’air; il y en a qui volent vers les cieux, et je sens le feu dans

leur voisinage.

Ceux qui marchent sur la terre représentent les hommes qui distribuent

aux pauvres leurs richesses avec bonté, sagesse et libéralité; ils

rendent surtout service au corps. Les oiseaux aquatiques représentent

les hommes qui, plongés dans la compassion, font le tour du monde

intérieurement, plaignant, aimant leurs frères, et rendant à tous les

hommes l’immense service de leur faire miséricorde au fond de leur âme.

Les oiseaux qui volent dans l’air ressemblent aux hommes qui se

regardent eux-mêmes d’un regard profond, pénétrant, scrutateur et

sublime, et qui ne perdent de vue dans aucun acte la lumière perçante

qui est présente à leur esprit. Ces hommes-là sont envers eux-mêmes

miséricordieux, utiles et bons.

Mais au-dessus de l’air voici une région que j’appellerai l’éther, et je

veux voler ici comme l’aigle; je veux plonger, comme l’aigle, plus haut

que l’espace des esprits, plonger dans le feu de Dieu. Il faut que tout

acte et toute vertu remontent vers sa gloire avec un désir immense.

Ainsi nous avons trois ornements pour trois domaines: la crainte pour

l’appétit qui s’emporte, la piété pour celui qui désire, la science pour

celui qui comprend. Voilà la vie active, et celui qui la pratique

s’apprête à recevoir les dons de Dieu.

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 105 / 117 题