La crainte est un don qui produit l’humilité; l’humilité produit
l’obéissance, et l’obéissance rend semblable à Jésus-Christ.
Jésus-Christ a obéi aux désirs des patriarches et des prophètes. Il a
obéi à leurs soupirs; il a obéi à leurs prières; il a obéi à leurs cris.
Il a renoncé à sa volonté de mille manières suivant l’Écriture, et il a
fait la volonté de ses amis. Il a obéi à son Père par un respect
immense, par une action de grâces perpétuelle, par la relation à lui de
toutes ses actions. Il s’est fait le serviteur de tous les mortels; il a
lavé les pieds des disciples. Il n’est pas venu pour être servi, mais
pour servir.
Celui qui possède le don de crainte agit spécialement sur la terre qui
correspond à l’élément irascible. La terre est ornée d’arbres; les
arbres portent des fruits; les fruits sont les richesses de l’âme qui
s’applique à Dieu et lui présente ce qu’elle possède avec une grande
révérence. La terre est ornée de plantes salutaires et odoriférantes:
c’est l’obéissance et l’humilité. La terre est couverte d’animaux, de
bêtes sauvages et féroces. Ce sont les sens et les passions. La
puissance qu’il faut avoir sur elles, est l’attribut de la raison
soumise à Dieu. Cette raison est l’ornement de la terre. Dieu a placé
l’homme dans le paradis terrestre pour le travailler et pour le garder.
Le travailler, c’est se livrer à toute vérité, à toute vertu, à toute
justice. Le garder, c’est s’abstenir des choses contraires. Le péché est
la perte des fruits de la terre et du paradis lui-même. Au milieu du
paradis, Dieu a planté l’arbre de vie et l’arbre de la science du bien
et du mal. Sur celui-ci naissent les fruits tentateurs que Satan et le
monde offrent aux sens, c’est-à-dire à la femme. La femme les offre à
l’homme, c’est-à-dire à la raison supérieure, à qui Dieu confia la garde
du paradis. Toutes les joies, toutes les consolations, toutes les
ascensions sont permises, excepté celle du sens dépravé. Celui qui
touche à ce fruit est jeté, nu et dépouillé, hors du repos et de la
joie.