L’éternel amour répand lumière et grâce dans toutes les puissances de
l’âme; voilà pourquoi il y a des vertus. La grâce de Dieu touche et
remue les forces suprêmes: de là la charité; de là la lumière; de là
l’amour de la justice; de là l’adoration discrète et active du plan
divin; de là la liberté supérieure aux images; de là la victoire sans
fatigue; de là la sublime défaillance agissante et féconde, qui vous
plonge, plus haut que vous-même, dans l’unité de l’esprit. C’est une
activité merveilleuse, dont la continuation persévérante donne au
contemplateur la joie de sentir sans intermédiaire l’union divine. Il
sent en lui ce contact divin qui est le rajeunissement de la grâce et de
toutes les vertus. Car la grâce coule jusque dans les puissances
inférieures. Elle atteint le fond de l’homme, elle excite cet amour
profond et sensible qui est le désir de Dieu. Cet amour pénètre dans le
cœur, les sens, la chair, le sang, toute la nature physique de l’homme.
Il excite dans ses membres une ardeur, une impatience, il exerce une
pression, et la créature surmontée ne sait plus comment se conduire. Cet
amour enivre, et l’homme enivré est porté, comme dans l’autre ivresse, à
de singulières démonstrations, et, s’il lui reste un peu de mollesse, il
a de la peine à ne rien laisser voir. Il y en a qui lèvent les yeux au
ciel, dans l’impatience du désir. D’autres pleurent; d’autres chantent;
d’autres crient; d’autres bondissent de joie ou de douleur; d’autres
courent; quelquefois les mains se rapprochent; on s’incline; on tombe à
genoux, on s’incline, on gesticule. Tant que l’homme persévère, tendu
vers le trésor de Dieu, et vivant dans son esprit, il sent son contact
et l’impatience de l’amour se renouvelle au fond de lui, avec toutes les
splendeurs dont j’ai parlé. Par cette impression physique, il doit
s’élever à une impression spirituelle et par cette impression
spirituelle à une impression divine, et se plonger lui-même dans la
béatitude qui ne change pas.
Le sentiment de l’immutabilité est la béatitude suressentielle,
béatitude de Dieu, participable par les élus. Béatitude essentielle à
Dieu; superessentielle à nous; silence caligineux de la paix éternelle.
Les Personnes divines se plongent et s’absorbent dans l’essentielle
unité de l’amour, et cependant chacune d’elles, suivant ses propriétés
particulières, persiste dans son activité.