La contemplation est une connaissance supérieure aux manières de
connaître, une science supérieure aux manières de savoir. Supérieure
aussi à la raison, elle ferait d’inutiles efforts pour s’affaisser
jusqu’à elle, et la raison ne pourrait par aucun transport monter
jusqu’à elle et la rejoindre là où elle est. C’est une ignorance
illuminée, c’est un miroir magnifique où reluit l’éternelle splendeur de
Dieu; elle n’a pas de mesure, et toutes les démarches de la raison sont
impuissantes là où elle est. Pourtant cette ignorance n’est pas Dieu,
elle est la lumière du contemplateur. Ceux qui vivent dans la
fréquentation de l’ignorance et de la lumière divine, aperçoivent en
eux-mêmes quelque chose comme une solitude dévastée. L’ignorance
translumineuse, quoique supérieure à la raison, n’est cependant pas
étrangère à elle; elle contemple tout sans étonnement; l’étonnement est
au-dessous d’elle, et la contemplation ne le connaît pas. La
contemplation voit quelque chose; mais que voit-elle? elle l’ignore
absolument; elle voit une excellence supérieure à tout, qui n’est ni une
chose, ni l’autre.