Les deux chérubins aux ailes étendues, qui, placés des deux côtés du
Propitiatoire, le regardaient et se regardaient l’un l’autre, ces deux
chérubins étaient deux figures en or. Cet or doit nous apprendre la
suprême noblesse de l’esprit dévoué à Dieu, et dépouillé de toute
propriété. Le premier Chérubin représente le transport de l’esprit et la
contemplation qui plonge dans la lumière divine un regard sans défaut.
Le second est la jouissance éternelle, plongé dans celui qui est sans
nom, sans vêtement et sans forme. Voilà l’or vrai, la charité et la
sagesse. Ils assistent à droite et à gauche le même acte; car ils sont
inséparables dans leur activité brûlante. Malgré les étreintes de
l’unité, ils gardent leur distinction. Ils sont les assistants de la
propitiation divine. Ils étendent leurs ailes; car ils sont emportés
dans les hauteurs de la vision jouissante. Ils couvrent le lieu appelé
_oraculum_: car ils abritent l’inspiration secrète de l’âme, et c’est à
leur ombre que Dieu nous parle et nous répond.
La contemplation simple, qui plonge dans la lumière divine, et la
jouissance simple, qui va vers son attrait, se regardent l’une et
l’autre; car l’une vit avec l’autre. Et leurs faces sont tournées vers
le Propitiatoire, c’est-à-dire vers l’amour en joie.
L’amour qui jouit plane sur l’amour qui agit. Mais celui-là, loin de
priver celui-ci de son action, l’excite et le pousse à une fécondité
pratique toujours croissante et toujours renouvelée. Ainsi toutes les
puissances sont complétées l’une par l’autre. Plus vous êtes élevé
au-dessus de vous-même dans la sublimité de l’amour et de la jouissance,
plus vous êtes fécond en vous-même par la vertu de l’activité. Entre les
deux chérubins, entre la contemplation et la jouissance, est
l’habitation de Dieu en nous. C’est de là que coulent la grâce et la
sagesse. C’est là que nous apprenons la volonté du Seigneur.