AARON ET ITHAMAR

Parlons un peu d’Ithamar, fils d’Aaron, le pontife, d’Ithamar qui reçut

les offrandes librement données, et les distribua aux ouvriers chargés

de construire le tabernacle de Dieu. Traduit en latin, le nom d’Aaron

signifie la montagne de la puissance. Il exprime cette hauteur suprême

de l’âme où Dieu règne. Venez, dit le prophète Isaïe, gravissons la

montagne du Seigneur; allons vers la maison du Dieu de Jacob.

Or Jacob signifie supplantateur.

Celui qui a gravi la montagne de la puissance remplace, surpasse et

écrase tout.

Et il nous instruira de ses voies, ajoute Isaïe.

Ses voies sont ses commandements.

C’est pourquoi la loi sortira de la montagne de Sion.

Sion signifie spéculation de toute vérité et contemplation de toute

justice.

Et le Verbe du Seigneur sortira de Jérusalem.

Jérusalem veut dire la montagne elle-même et la vision de la paix.

Aaron est la montagne inexpugnable de la puissance. Voilà pourquoi il

eut pour fils Ithamar, qui signifie la liberté surnaturelle.

Traduit d’hébreu en latin, Ithamar veut dire: le palmier de l’île. Le

mot latin _palma_ signifie ou l’arbre ou son fruit, ou la victoire ou la

paume de la main ouverte. En effet, le sommet de notre esprit, uni à

l’esprit de Dieu, est une montagne dans une île; l’île est entourée par

un océan immense de la Divinité, et tous les fleuves qui coulent de

l’Homme-Dieu se jettent dans cette mer. Dans cette île naît Ithamar, la

liberté, la palme toujours verte; née au sommet d’un arbre sublime, elle

trouve dans sa hauteur son éternelle jeunesse; inviolable aux foudres et

aux tempêtes, elle est inaccessible aux froideurs de la terre, et

l’infidélité des créatures ne peut rien contre elle. La maturité des

fruits du palmier est beaucoup plus prompte en Syrie et en Égypte que

partout ailleurs.

En hébreu, Syrie veut dire autel ou sublimité.

Égypte veut dire angoisse, ténèbres, tristesse.

Quand nous montons sur l’autel de la montagne, nous offrant en sacrifice

dans la joie de la hauteur, nous voyons dans la liberté le palmier

grandi, et ses fruits mûrs parmi les splendeurs de la Syrie.

Si, au contraire, l’acte s’accomplit dans les pesanteurs de la nature et

dans les fatigues de l’esprit, c’est le palmier qui croît laborieusement

parmi les ténèbres, les angoisses et les tristesses de l’Égypte.

La liberté est le signe et la condition de la victoire. Nos ennemis

vaincus, nous goûtons sans peur les fruits du palmier. Le palmier ne

porte qu’un fruit. Notre liberté est un vase unique qui reçoit d’en bas

toutes nos vertus; d’en haut, toutes les largesses de Dieu.

Tous les biens sont dans cette corbeille. Notre liberté est immense dans

son fond; car elle a ses racines dans la liberté de Dieu, c’est-à-dire

dans son unité.

C’est des sources riches et profondes de cette liberté que toutes nos

puissances tirent la force de faire le bien. Tout coule du même

principe. Sans la liberté, le mérite ne serait pas. C’est elle qui

recueille, comme Ithamar, toutes les offrandes destinées à la

construction du temple.

Ithamar, traduit en latin, signifierait encore la paume d’une main

ouverte. Or la main ouverte est la chose qui donne largement, qui donne

toujours et ne retient jamais. C’est pourquoi le Seigneur a préposé

Ithamar, fils d’Aaron, la libéralité qui vient de la puissance, à la

garde de ses trésors.

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 62 / 117 题