Le rendez-vous de Dieu a trois actes principaux. Quelquefois l’homme
intérieur, transporté au-dessus de ses puissances sur la hauteur de la
simplicité, se regarde jouir intérieurement. C’est le rendez-vous
immédiat. Tout à coup du fond de l’unité divine sort un éclair qui
frappe sur lui, et l’éclair est la face de la ténèbre, la face de la
nudité, la face du _rien_ sublime. L’homme s’en va errant dans la
ténèbre où il est enfermé, et il perd sa nature, et il vagabonde dans
les détours de la nuit noire.
Dans la nudité, il est destitué de sa lumière propre et de la clarté de
ses yeux, pénétré par la splendeur simple, imprégné, transformé.
Dans le rien, il se trouve en défaut vis-à-vis de ses puissances.
Surmonté avec tous ses actes par l’opération immense de Dieu, il
triomphe de son vainqueur par l’unité d’esprit dont le secret lui est
livré. Dans l’union intime, il parvient à la saveur spirituelle, à la
possession trois fois sublime, et, se plongeant en Dieu, il s’enivre de
délices dans l’existence essentielle. Or les torrents de délices font
couler dans le point central des puissances de l’homme une plénitude
d’amour sensible, et de cette plénitude la saveur pénétrante atteint la
vie physique elle-même et coule dans les membres de l’homme. Par cette
effusion, l’homme intérieur demeure frappé, surmonté, stupéfait; la
substance lui échappe. Dans la profondeur de lui-même, dans son âme et
dans son corps, il sait et il sent une clarté singulière et pénétrante,
pleine de saveur et de délices.