Si le lecteur a bien compris ce qui précède, il pourra facilement
s’élever plus haut. Dans cette unité, dont j’ai déjà dit quelques mots,
l’esprit humain peut rencontrer un mode d’activité inférieure à
lui-même, identique à son essence et à sa personnalité propre. Ceci est
le fond de l’abîme où roule la source des forces suprêmes, c’est le
principe et la fin des actions de la créature opérées par elle, en elle
et au-dessus d’elle. L’unité, considérée en soi, réside au-dessus des
actes qui s’accomplissent par elle; mais toutes les forces de l’âme,
dans l’éminence de leurs opérations, reçoivent puissance et vertu quand
elles touchent ce fond, cette origine, cette source, qui est l’essence
même de l’esprit. C’est dans cette unité que l’esprit de l’homme
rencontre par sa grâce et sa vertu la ressemblance divine, ou la
dissemblance par le péché mortel. La ressemblance divine est fille de la
lumière déiforme; sans celle-ci l’union surnaturelle est absolument
impossible. Il y a en nous une certaine image naturelle de Dieu: c’est
une ombre quelconque d’unité, c’est une ressemblance admissible, mais
tout à fait insuffisante. Sans la ressemblance qui vient de la grâce, la
damnation éternelle nous attend. Dès que Dieu nous voit habiles à
recevoir sa grâce, sa bonté libre est prête à nous conférer le don qui
nous donne sa ressemblance. Notre aptitude à recevoir sa grâce dépend de
l’intégrité intérieure avec laquelle nous nous mouvons vers lui. Au
moment même de notre mouvement, le Christ vient à nous avec ou sans
intermédiaires, c’est-à-dire avec ses dons ou au-dessus d’eux. Nous
aussi, nous nous précipitons en lui et vers lui avec ou sans
intermédiaires, c’est-à-dire avec nos puissances ou au-dessus d’elles.
Or lui-même, nous apportant ses dons et se donnant lui-même, nous
imprime sa ressemblance, nous absout et nous délivre. A l’instant de la
délivrance, l’esprit se plonge dans la jouissance de l’amour.
Et voici la rencontre, l’union surnaturelle et sans intermédiaire dans
laquelle la béatitude consiste. En vertu de l’amour et de la bonté
libre, donner est chose naturelle à Dieu; mais, quant à nous, dans notre
spécialité humaine, recevoir est un accident. Étrangers que nous sommes
et dissemblables, il nous faut une force au-dessus de notre nature pour
conquérir similitude et union.