L’âme et Dieu sont en présence.
Je demande ici au lecteur son attention. L’union de l’esprit humain se
fait avec Dieu dans l’intimité intérieure et dans l’activité extérieure.
Selon l’intimité de la profondeur, l’esprit va au-devant du Christ et
l’embrasse sans intermédiaire, car il s’est présenté nu. Car cette vie
que nous vivons au fond de nous, et qui ressemble admirablement à notre
type éternel; cette vie ne connaît pas les mesures de distance. C’est
pourquoi notre esprit, selon la profondeur la plus intime et la plus
élevée, reçoit incessamment dans sa nature nue l’impression et la
lumière divine de son exemplaire éternel. Il est l’habitation
perpétuelle de Dieu, et Dieu, qui occupe toujours son temple, y arrive
continuellement. Il le visite dans tous les moments par l’irradiation
d’une splendeur nouvelle. Quand Dieu arrive, c’est que déjà il était
présent; là où il est, c’est là qu’il arrive; là où il arrive, c’est là
qu’il était; là où il ne fut jamais, là jamais il ne vient. L’accident
et le changement sont pour lui des inconnus. Quand il vient en vous,
c’est que déjà vous étiez en lui, car il ne sort jamais de lui-même.
Ainsi l’esprit possède Dieu dans la nudité de sa substance, et Dieu
l’esprit. Il vit en Dieu, et Dieu en lui. Sur le haut de sa hauteur,
l’esprit est capable de la lumière divine et des dons les plus inouïs.
Par la lumière de son type, qui resplendit au fond de lui-même, au
sommet de son unité, l’esprit plonge et s’abîme dans l’essence divine,
où il rencontre, avec son éternel exemplaire, sa béatitude éternelle. Il
n’en reste pas moins constitué dans son être créé, par la très libre
volonté de la Trinité très sainte, prêt à se répandre au dehors, comme
toutes les créatures, avec toute sa personnalité. C’est par là qu’il
imite la génération du Verbe.
L’image de la Trinité et de l’Unité subsiste vivante et ardente en lui.
Son essence créée reçoit l’impression de son exemplaire éternel, comme
un miroir très fidèle reproduit l’image d’un objet, et, recevant
toujours la lumière, renouvelle à chaque instant le portrait qu’il porte
en lui. L’esprit, dans l’union divine, ne s’appuie ni sur lui-même ni
sur aucune vertu propre, mais demeure en Dieu, dépend de Dieu et se
rapporte à Dieu comme à sa cause éternelle.