Les chocs de l’amour mettent en présence deux esprits: l’esprit de Dieu
et le nôtre. C’est alors que la lutte s’engage. Notre esprit s’incline
comme on fait quand on va plonger; il vise à Dieu et veut l’atteindre.
Le mouvement d’amour a eu pour complice l’acte secret du Dieu visé. Or
le choc se fait dans la profondeur: la blessure que reçoivent les
combattants est d’une intimité épouvantable. Les deux combattants se
lancent des éclairs qui embrasent leur force ardente, et l’ardeur de
leur combat augmente l’avidité de leur amour. Ils se fondent tous les
deux. L’esprit de Dieu donne, le nôtre rend; la force de l’amour naît de
ce mouvement double. Ce flux et ce reflux font rejaillir sur elles-mêmes
les sources de l’amour. Ainsi le contact de Dieu et la fureur de notre
désir se réunissent quelque part dans une simplicité. L’esprit, occupé
et possédé par l’amour, arrive, par d’incroyables oublis, à ne plus se
souvenir que de son possesseur. L’esprit brûle, et quand il a plongé
dans l’abîme de celui qui touche, voyant son désir et son avidité
surpassés par sa situation, il assiste à sa propre défaillance.
Réunissant ses forces dans un effort suprême, il trouve dans la
profondeur de son activité la force de se changer lui-même en amour;
alors le sanctuaire intime de son essence créée, où commence et finit
son activité terrestre, est dans sa main; il domine le monde multiple de
ses vertus et de ses puissances.
Ainsi l’amour se possède lui-même; mais sa hauteur devient la racine et
le fondement de nouvelles vertus et puissances.