Quand le soleil est à son midi, si une vallée très profonde est enfouie
entre deux montagnes énormes, et que les rayons du soleil puissent
atteindre le bas de la vallée, il se produit trois phénomènes. La vallée
reçoit une splendeur, une ardeur, une magnificence, une fécondité que la
plaine n’égale pas.
Quand le juste réside au fond de sa pauvreté, contemplant en lui le
néant, la misère, l’impuissance; quand il s’aperçoit profondément
incapable de progrès, de persévérance; quand il voit la multitude de ses
négligences et de ses défauts, quand il s’apparaît tel qu’il est, dans
la réalité de son indigence, il creuse la vallée de l’humilité.
Prosterné dans sa misère, reconnaissant sa détresse, il l’étale en
gémissant devant la miséricorde du Seigneur; il contemple la hauteur du
ciel, et sa petitesse à lui. La vallée devient profonde.
C’est pourquoi le Christ-Soleil, du haut de son midi, assis à la droite
du Père, lance dans le fond de cet humble mille feux et mille
splendeurs. Il est incapable de n’être pas touché, quand l’humble étale
devant lui et prosterne sa prière. Alors, des deux côtés de la vallée,
deux montagnes se dressent et grandissent; ce sont deux désirs: le désir
de servir et de louer; le désir d’obtenir l’excellence de la sainteté.
Ces deux montagnes sont plus hautes que le ciel. Elles touchent Dieu
sans intermédiaire et sollicitent sa libéralité. Celle-ci ne se contient
pas, elle coule, elle s’épanche; car l’âme possède alors l’aptitude à
recevoir. Les renouvellements de puissances signalent l’arrivée de
Jésus; la profondeur qui demande reçoit trois dons. Elle est illustrée
par la grâce, embrasée par l’amour, fécondée par la vertu.