Un exemple assez frappant de manque de psychologie en matière de
politique religieuse islamique nous vient récemment de la colonie
italienne de Cyrénaïque.
Le gouverneur de cette possession, à la suite de l’expulsion par les
Turcs du khalife Abd-el-Mejdid, et délaissant toutes les traditions
islamiques au profit d’un zèle intempestif, décida de faire dire des
prières dans les mosquées au nom du roi Victor-Emmanuel III. «Ceci,
signalait-il, dans un télégramme officiel, atteste éloquemment le
loyalisme constant de la population vis-à-vis de l’Italie.»
Cette mesure, présentée comme une initiative spontanée des imams de
Benghazi, produisit le déplorable effet qu’on peut deviner sur
l’ensemble de la population, dont une grande partie s’abstint d’aller à
la mosquée le vendredi pour ne pas s’associer au rite nouvellement créé.
Le comité exécutif suprême du Congrès islamique du Caire adressa une
protestation au gouvernement italien, en lui faisant remarquer que le
fait de pousser les imams de Benghazi «à prononcer le nom d’un roi qui
ne professe pas l’islamisme détruit leur culte et viole leur prière
canonique».
Le Gouverneur italien, dans son désir de trop bien faire, n’y avait
point songé.