Ses restes furent déposés solennellement dans l'église des Apôtres. Le
pape annonçait le projet de lui élever un tombeau dans Saint-Pierre,
où les souverains seuls sont admis. Mais Côme de Médicis, qui voulait
distraire de la tyrannie par le culte de la gloire, fit secrètement
enlever les cendres du grand homme. Ce dépôt révéré arriva à Florence
dans la soirée. En un instant les fenêtres et les rues furent pleines
de curieux et de lumières confuses.
L'église de Saint-Laurent, réservée aux obsèques des seuls souverains,
fut disposée magnifiquement pour celles de Michel-Ange. La pompe de
cette cérémonie fit tant de bruit en Italie, que, pour contenter les
étrangers qui, après qu'elle avait eu lieu, accouraient encore de
toutes parts, on laissa l'église tendue pendant plusieurs semaines.
Cellini, Vasari, Bronzino, l'Ammanato, s'étaient surpassés pour honorer
l'homme qu'ils regardaient, depuis tant d'années, comme le plus grand
artiste qui eût jamais existé.
Les principaux événements de sa vie furent reproduits par des
bas-reliefs ou des tableaux[539]. Entouré de ces représentations
vivantes, Varchi prononça l'oraison funèbre. C'est une histoire
détaillée, arrangée de façon à ne pas déplaire au despote. Florence
est heureuse, dit-il, de montrer dans un de ses enfants ce que la
Grèce, patrie de tant de grands artistes, n'a jamais produit: un homme
également supérieur dans les trois arts du dessin.
Lors de la cérémonie on trouva le corps de Michel-Ange changé en
momie par la vieillesse, sans le plus léger signe de décomposition.
Cent cinquante ans après, le hasard ayant fait ouvrir son tombeau
à Santa-Croce, on trouva encore une momie parfaitement conservée,
complétement vêtue à la mode du temps.
[539] Suivant moi, rien ne gâte plus la mémoire des grands hommes
que les louanges des sots. Les personnes qui sont d'un avis
contraire pourront aller voir à Florence une galerie consacrée
à la mémoire de Michel-Ange. Elles y trouveront chaque trait de
sa vie figuré dans un tableau médiocre. Cette galerie, élevée
sur les dessins de Pierre de Cortone, coûta cent mille francs au
neveu du grand homme, qui s'intitulait Michel-Ange le Jeune. Elle
fut ouverte en 1620.