Michel-Ange ne fit pas d'élèves, son style était le fruit d'une âme
trop enflammée; d'ailleurs les jeunes gens qui l'entouraient se
trouvèrent de la plus incurable médiocrité.
Jean de Bologne, l'auteur du joli _Mercure_, ferait exception, s'il
n'était pas prouvé qu'il ne vit Buonarotti qu'à quatre-vingts ans.
Il lui montra un modèle en terre; l'illustre vieillard changea la
position de tous les membres, et dit en le lui rendant: «Avant de
chercher à finir, apprends à ébaucher.»
Vasari, le confident de Michel-Ange, nous donne quelques jours positifs
sur sa manière de s'estimer soi-même: «Attentif au principal de l'art
qui est le corps humain, il laissa à d'autres l'agrément des couleurs,
les caprices, les idées nouvelles[532]; dans ses ouvrages on ne trouve
ni paysages, ni arbres, ni fabriques. C'est en vain qu'on y chercherait
certaines gentillesses de l'art et certains enjolivements auxquels
il n'accorda jamais la moindre attention; peut-être par une secrète
répugnance d'abaisser son sublime génie à de telles choses[533].»
Tout cela se trouve dans la première édition de son livre, que Vasari
présenta à Michel-Ange, le seul artiste vivant dont il eût écrit la
vie; hommage dont le grand homme le remercia par un sonnet. Vasari put
d'autant mieux approfondir les motifs secrets de Michel-Ange, qu'il
l'accompagnait toujours dans les promenades à cheval dont ce grand
artiste prit l'habitude vers la fin de sa vie.
Il y a beaucoup de portraits de Michel-Ange[534]; le plus ressemblant
est le buste en bronze du Capitole par Ricciarelli. Vasari cite
encore les deux portraits peints par Bugiardini et Jacopo del Conte.
Michel-Ange ne se peignit jamais[535].
[532] Tom. X, page 245.
[533] Tom. X, page 253.
[534] Buonarotti fut maigre, plutôt nerveux que gras: les épaules
larges, la stature ordinaire, les membres minces, les cheveux
noirs, cela ressemble assez au tempérament bilieux.
Quant à la figure, le nez écrasé, les couleurs assez animées,
les lèvres minces, celle de dessous avançant un peu. De profil,
le front avançait sur le nez, les sourcils peu fournis, les yeux
petits. Dans sa vieillesse il portait une petite barbe grise
longue de quatre à cinq doigts[xxxix].
[xxxix] Condivi, page 85.
[535] Ou seulement une fois, si l'on veut le reconnaître dans le
moine du _Jugement dernier_. Les portraits cités ont probablement
servi de modèle a ceux qu'on trouve au Capitole, à la galerie de
Florence, au palais Caprara de Bologne, et à la galerie Zelada de
Rome. Tous les portraits gravés de Michel-Ange sont parmi ceux de
la collection Corsini, qui en réunit plus de trente mille. Les
meilleurs de Michel-Ange sont ceux qui ont été gravés par Morghen
et Longhi, quoique, comme tous les graveurs actuels, ils aient
prétendu embellir leur modèle, c'est-à-dire imiter l'expression
des vertus dont l'antique est la _saillie_, et qui souvent sont
opposées au caractère de l'homme. (Rome, 23 janvier 1816. W. E.)