MICHEL-ANGE ARCHITECTE.

Il faut considérer la bibliothèque de Saint-Laurent à Florence, le

Capitole, la Coupole, et les parties extérieures de Saint-Pierre de

Rome.

En 1546 mourut Antoine de Sangallo, architecte de Saint-Pierre.

Bramante était mort en 1514, Raphaël en 1520. Depuis longtemps

Michel-Ange survivait à ses rivaux, et à tous les grands hommes qui

avaient entouré sa jeunesse. Il était le dieu des arts, mais le dieu

d'un peuple avili. On n'admirait plus que lui, on ne copiait plus que

ses ouvrages, et en voyant tous ses copistes il s'était écrié: «Mon

style est destiné à faire de grands sots!»

Il était enfin vainqueur des intrigues qui avaient poursuivi sa

jeunesse. Mais la victoire était triste; en perdant ses rivaux, il

avait perdu ses juges. Il regrettait leurs injures. Il se trouvait

seul sur la terre. Nous avons encore un éloge passionné qu'il fit de

Bramante. Qui lui eût dit, dans le temps de la chapelle Sixtine, qu'il

pleurerait un jour Bramante et Raphaël!

Après la mort de Sangallo, on hésita longtemps pour le successeur;

enfin Paul III eut l'idée de faire appeler le vieux Michel-Ange. Le

pontife lui ordonna, presque au nom du ciel, de prendre ce fardeau dont

il refusait de se charger.

Il alla à Saint-Pierre, où il trouva les élèves de Sangallo tout

interdits. Ils lui montrèrent avec ostentation le modèle fait par

leur maître. «C'est un pré, dirent-ils, où il y aura toujours

à faucher.--Vous dites plus vrai que vous ne pensez, répondit

Michel-Ange; au reste, c'est malgré moi qu'on m'envoie ici. Je n'ai

qu'un mot à vous dire, faites tous vos efforts, employez tous vos amis

pour que je ne sois pas l'architecte de Saint-Pierre.»

Il dit à Paul III: «Le modèle de Sangallo avec tant de ressauts,

d'angles, et de petites parties, se rapproche plus du genre gothique

que du goût sage de l'antiquité, ou de la belle manière des modernes.

Pour moi j'épargnerai deux millions et cinquante ans de travaux, car je

ne regarde pas les grands ouvrages comme des rentes viagères.»

En quinze jours il fit son modèle de Saint-Pierre qui coûta vingt-cinq

écus. Il avait fallu quatre ans pour exécuter le modèle de Sangallo,

qui en avait coûté quatre mille[513].

Paul III eut le bon esprit de faire un décret[514] qui conférait

à Buonarotti un pouvoir absolu sur Saint-Pierre. En le recevant,

Michel-Ange ne fit qu'une objection: il pria d'ajouter que ses

fonctions seraient gratuites. Au bout du mois, le pape lui ayant envoyé

cent écus d'or, Michel-Ange répondit que telles n'étaient pas les

conventions, et il tint bon, en dépit de l'humeur du pape. Malgré sa

critique de Sangallo, l'architecture de Michel-Ange est encore pleine

de ressauts, d'angles, de petites parties qui voilent le grandiose de

son caractère.

[513] Je l'ai encore vu au Belvédère en 1807, avec celui de

Michel-Ange.

[514] Ou _motu-proprio_. (_Bonanni templum Vaticanum_, pag. 64.)

Le bref de Paul III parle de Michel-Ange presque dans les termes

du respect.

Histoire de la peinture en Italie · 第 417 / 465 题