TABLEAUX DE MICHEL-ANGE.

Ils sont fort rares. Il méprisait ce petit genre. Presque tous ceux

qu'on lui attribue ont été peints par ses imitateurs, d'après ses

dessins. Le silence de Vasari et le peu de patience de l'homme le

prouvent également.

Tout au plus quelques-uns ont-ils été faits sous ses yeux. On y trouve

une distribution de couleurs qui se rapproche de ses idées. Alors

ils sont de Daniel de Volterre, ou de Fra Sébastien, ses meilleurs

imitateurs. Ces tableaux originaux auront été copiés, tantôt par des

peintres flamands, tantôt par des Italiens d'écoles différentes, comme

le prouve la diversité du coloris. Les sujets ainsi exécutés sont

le _Sommeil de Jésus enfant_, la _Prière au jardin des Olives_, la

_Déposition de Croix_. Le tableau de Michel-Ange qu'on rencontre le

plus souvent dans les galeries, c'est _Jésus expirant sur la croix_;

d'où est venu le conte d'un homme mis en croix par Buonarotti. Souvent

il y a un _Saint Jean_ et une _Madone_, d'autres fois deux anges qui

recueillent le sang du Sauveur.

Le meilleur crucifix est celui de la Casa Chiappini, à Plaisance.

Bologne en a trois dans les collections Caprara, Bonfigliuoli, et

Biancani[507].

Fra Sébastien, de l'école de Venise, que Michel-Ange aimait à cause

de sa couleur excellente et quelquefois sublime, fit à Rome, d'après

ses dessins, la _Flagellation_ et la _Transfiguration_[508]. C'était

dans le temps que Raphaël finissait son dernier tableau; on dit que le

peintre d'Urbin, ayant su que Michel-Ange fournissait des dessins à

Fra del Piombo, s'écria qu'il remerciait ce grand homme de le croire

digne de lutter contre lui. Fra Sébastien peignit une _Déposition_ à

Saint-François, à Viterbe.

Il répéta sa _Flagellation_ de Rome pour un couvent de Viterbe; et, à

la Chartreuse de Naples, le voyageur, en admirant la plus belle vue de

l'univers, peut voir une troisième _Flagellation_, que l'on prétend

peinte par Buonarotti lui-même.

Venusti fit, d'après ses dessins, deux _Annonciations_, les _Limbes_ du

palais Colonne, _Jésus au Calvaire_, au palais Borghèse, sans parler

de l'admirable _Jugement dernier_, de Naples. Franco fit l'_Enlèvement

de Ganymède_, qui est passé à Berlin avec la galerie Giustiniani. On y

voit merveilleusement la force de l'aigle et la peur du jeune homme;

les ailes de l'aigle ne sont pas ridiculement disproportionnées avec le

poids qu'il enlève, comme dans le petit groupe antique de Venise[509].

Mais, d'un autre côté, l'expression admirable et l'amour de l'aigle

antique manquent entièrement. Il n'y a pour les sentiments tendres que

la douleur du chien fidèle de Ganymède, qui voit son maître enlevé

dans les airs.

Pontormo fit _Vénus et l'Amour_, et l'_Apparition du Christ_, sujet

qu'il répéta pour Citta-di-Castello, Michel-Ange ayant dit que personne

ne pouvait mieux faire.

Salviati et Bugiardini peignirent plusieurs de ses dessins. Dans l'âge

suivant, les artistes y avaient souvent recours.

On dit que la cathédrale de Burgos a une _Sainte Famille_ de

Buonarotti[510]. J'ai parlé de celle qui est à la galerie de Florence,

et dont l'originalité est incontestable. Elle est peinte en détrempe,

et, quoique le coloris soit faible, le tableau semble parfaitement

conservé. Cette _Madone_ a l'air d'escamoter l'enfant Jésus, et sa

physionomie d'Égyptienne achève de rappeler une idée ridicule. Une

partie de cette critique s'applique à la _Madone_ en marbre, de

Saint-Laurent. Les enfants ne sont que de petits hommes.

Dans l'empire des lettres, on cite plusieurs grands génies dont les

idées, pour être goûtées du public, ont eu besoin d'être éclairées par

des littérateurs à qui il n'a fallu d'autre mérite que l'art d'écrire.

C'est ainsi que les peintures de Michel-Ange, altérées par le temps, ou

placées à une trop grande distance de l'œil, font très-souvent plus de

plaisir dans les copies que dans l'original.

Ses dessins, qui ne sont pas fort rares, étonnent toujours. Il

commençait par dessiner sur un morceau de papier le squelette de la

figure qu'il voulait faire, et sur un autre il le revêtissait de

muscles. Ses dessins se divisent en deux classes; les premières pensées

jetées à la plume et sans détails; 2° ceux qu'il fit pour être exécutés

et qui peuvent l'être par le peintre le plus médiocre. Tout y est[511].

Un génie aussi impatient ne devait pas faire de portraits; on ne cite

qu'un dessin d'après Tomaso de' Cavalieri, jeune noble romain auquel il

trouvait de rares dispositions pour la peinture. On montre au palais

Farnèse le buste de _Paul III_; au Capitole, le buste de _Faërne_.

Après les fresques de la chapelle Pauline, Michel-Ange ne put rester

oisif. Il disait que le travail du maillet était nécessaire à sa santé.

A soixante-dix-neuf ans, lorsque Condivi écrivait, il travaillait

encore de temps en temps à une _Déposition de Croix_, groupe colossal

dont il voulait faire présent à quelque église, sous la condition qu'on

le mettrait sur son tombeau.

Ce groupe où la seule figure du Christ est terminée, fut placé au dôme

de Florence[512]. L'on aurait mieux fait de suivre la volonté du grand

homme. C'était pour lui un tombeau plus caractéristique, et surtout

bien autrement noble que celui de Santa Croce.

[507] Bottari donne la liste de ces crucifix. J'en ai trouvé dans

les galeries Doria et Colonne, à Rome.

[508] A Saint-Pierre in Montorio.

[509] Dans la grande salle du Conseil, sur la Piazzetta, 1817.

[510] La _Madone_, l'_Enfant Jésus_ debout sur une pierre auprès

du berceau; figures de grandeur naturelle; tableau provenant de

la Casa Mozzi de Florence. (_Conca_, I, 24.)

[511] Mariette avait le dessin du _Christ triomphant de la

Minerve_.

[512] Derrière le grand autel, sous la coupole de Brunelleschi.

C'est le plus touchant des groupes de Michel-Ange; cela tient au

capuchon de la figure qui tient Jésus-Christ.

Histoire de la peinture en Italie · 第 415 / 465 题