Pendant que Michel-Ange peignait le _Jugement dernier_, il tomba de son
échafaud, et se fit à la jambe une blessure douloureuse. Il s'enferma
et ne voulut voir personne. Le hasard ayant conduit chez lui, Bacio
Rontini, médecin célèbre, et presque aussi capricieux que son ami, il
trouva toutes les portes fermées. Personne ne répondant, ni domestiques
ni voisins, Rontini descendit avec beaucoup de peine dans une cave, et
de là remontant avec non moins de travail, parvint enfin à Buonarotti
qu'il trouva enfermé dans sa chambre, et résolu à se laisser mourir.
Bacio ne voulut plus le quitter, lui fit faire de force quelques
remèdes, et le guérit.
Michel-Ange mit huit ans au _Jugement dernier_, et le découvrit le jour
de Noël 1541; il avait alors soixante-sept ans[503].
L'ouvrage qui facilite le plus l'étude de cet immense tableau, obscurci
par la fumée des cierges, est à Naples. C'est une esquisse très-bien
dessinée: on la croit de Buonarotti lui-même, et qu'elle fut peinte
sous ses yeux par son ami Marcel Venusti. Les figures ont moins d'une
palme, mais, quoique de petite proportion, conservent admirablement
le caractère grand et terrible. Ce tableau curieux est aussi frais
que s'il était peint de nos jours. Il est sans prix aujourd'hui que
l'original a tant souffert.
On m'assure qu'il y a chez les Colonnes, à Rome, une seconde copie de
Venusti.
[503] L'Arétin, cet homme d'esprit, l'_opposition_ du moyen âge,
envoya des idées à Michel-Ange pour son _Jugement dernier_, et
eut avec lui une correspondance suivie. _Lettres de l'Arétin_,
tom. I, pag. 154; II, 10; III, 45; IV, 37.