Toutes les statues de Saint-Laurent ne sont pas terminées. Dans le
genre terrible, ce défaut est presque une grâce. L'on voit en entrant
deux tombeaux: l'un à droite, l'autre à gauche, contre les murs de
la chapelle. Dans des niches au-dessus des tombeaux sont les statues
des princes. Sur chacune des tombes, sont couchées deux statues
allégoriques.
Par exemple, une femme endormie représente la _Nuit_[458]; une figure
d'homme, couchée d'une manière bizarre, est le _Jour_. Ces deux statues
sont là pour signifier le temps qui consume tout. On sent bien que
ces statues représentent le Jour et la Nuit, comme le Courage et la
Clémence, comme deux êtres moraux quelconques et de sexe différent. On
est presque toujours sûr de bâiller, dès qu'on rencontre les Vertus ou
les Muses. Il n'y a pour les caractériser que quelques attributs de
convention. C'est comme la musique descriptive.
J'aime assez la _Nuit_, malgré sa position contournée où le sommeil est
impossible; c'est qu'elle a fait faire à Michel-Ange des vers qui ont
de l'âme.
Un jour il trouva écrit sous la statue:
La notte che tu vedi in si dolci atti
Dormir, fu da un Angelo scolpita
In questo sasso, e perchè dorme ha vita;
Destala se nol credi, e parleratti[459].
Michel-Ange écrivit au bas du papier:
Grato m'è il sonno, e più l'esser di sasso,
Mentre che 'l danno, e la vergogna dura,
Non veder non sentir m'è gran ventura,
Però non mi destar! deh parla basso!
Heureuse l'Italie si elle avait beaucoup de tels poëtes!
[458] Vasari s'écrie: «Chi è quegli che abbia per alcun secolo in
tale arte veduto mai statue antiche o moderne cosi fatte? (X.,
109.)
[459] La nuit, que tu vois plongée dans un si doux sommeil, fut
tirée de ce marbre par la main d'un _ange_, et parce qu'elle dort
elle est vivante. Si tu en doutes, éveille-la.