EFFET DE LA SIXTINE.

Je crois que le spectateur catholique, en contemplant les _Prophètes_

de Michel-Ange, cherche à s'accoutumer à la figure de ces êtres

terribles devant lesquels il doit paraître un jour. Pour bien sentir

ces fresques, il faut entrer à la Sixtine le cœur accablé de ces

histoires de sang dont fourmille l'Ancien-Testament[444]. C'est là que

se chante le fameux _Miserere_ du vendredi saint. A mesure qu'on avance

dans le psaume de pénitence, les cierges s'éteignent; on n'aperçoit

plus qu'à demi ces ministres de la colère de Dieu, et j'ai vu qu'avec

un degré très-médiocre d'imagination l'homme le plus ferme peut

éprouver alors quelque chose qui ressemble à de la peur. Des femmes se

trouvent mal lorsque les voix, faiblissant et mourant peu à peu, tout

semble s'anéantir sous la main de l'Éternel. On ne serait pas étonné en

cet instant d'entendre retentir la trompette du jugement, et l'idée de

clémence est loin de tous les cœurs.

Vous voyez combien il est absurde de chercher le beau antique,

c'est-à-dire l'expression de tout ce qui peut rassurer, dans la

peinture des épouvantements de la religion.

Comme doivent s'y attendre les génies dans tous les genres, on a

tourné en reproche à Michel-Ange toutes ces grandes qualités; mais

une fois que la mort a fait commencer la postérité pour un grand

homme, que lui font dans sa tombe toutes les faussetés, toutes les

contradictions des hommes? Il semble que, du sein de cette demeure

terrible, ces génies immortels ne peuvent plus être émus qu'à la voix

de la vérité. Tout ce qui ne doit exister qu'un moment n'est plus rien

pour eux. Un sot paraît dans la chapelle Sixtine, et sa petite voix en

trouble le silence auguste par le son de ses vaines paroles; où seront

ces paroles? où sera-t-il lui-même dans cent ans? Il passe comme la

poussière, et les chefs-d'œuvre immortels s'avancent en silence au

travers des siècles à venir.

[444] La loi de grâce nous permet de porter un œil humain sur

l'histoire du peuple qui n'est pas celui de Dieu. R. C.

Histoire de la peinture en Italie · 第 376 / 465 题