Jules II avait ordonné à Michel-Ange de s'adresser directement à lui
toutes les fois qu'il aurait besoin d'argent pour le tombeau (1506).
Un reste de marbres laissés à Carrare étant arrivés au quai du Tibre,
Buonarotti les fit débarquer, transporter sur la place de Saint-Pierre,
et monta au Vatican pour demander l'argent qui revenait aux matelots.
On lui dit que Sa Sainteté n'était pas visible, il n'insista pas.
Quelques jours après, il se rendit derechef au palais. Comme il
traversait l'antichambre, un laquais lui barra le passage, et lui dit
qu'il ne pouvait pas entrer. Un évêque, qui se trouvait là par hasard,
se hâta de réprimander cet homme, et lui demanda s'il ne savait pas à
qui il parlait: «C'est précisément parce que je sais fort bien à qui je
parle que je ne laisse pas passer, dit le laquais; je m'acquitte de mes
ordres.--Et vous direz au pape, répliqua Michel-Ange, que, si désormais
il désire me voir, il m'enverra chercher.»
Il retourne chez lui, ordonne à deux domestiques, qui faisaient toute
sa maison, de vendre ses meubles; se fait amener des chevaux de poste,
part au galop, et arrive encore le même jour à Poggibonzi, village
situé hors des États de l'Église, à quelques lieues de Florence.
Peu de moments après, il voit arriver aussi au galop cinq courriers
du pape, qui avaient ordre de le ramener de gré ou de force où qu'ils
le rencontrassent. Michel-Ange ne répondit à cet ordre que par la
menace de les faire tuer s'ils ne partaient à l'instant. Ils eurent
recours aux prières; les voyant sans effet, ils se réduisirent à lui
demander qu'il répondît à la lettre du pape qu'ils lui rendaient, et
qu'il datât sa réponse de Florence, afin que Sa Sainteté comprît qu'il
n'avait pas été en leur pouvoir de le ramener.
Michel-Ange satisfit ces gens et continua sa route bien armé.