JULES II.

La mort venait d'enlever Alexandre VI, le seul homme, si l'on excepte

César Borgia, qui ait réuni à un grand génie les mœurs les plus

dissolues, et les vices les plus noirs.

Jules II eut plutôt des vertus déplacées que des vices (1504).

Entraîné par une insatiable soif de gloire, inflexible dans ses plans,

infatigable à les exécuter, magnanime, impérieux, avide de dominer, sa

grande âme se faisait jour en brisant les convenances de la vieillesse

et du sacerdoce.

A peine fut-il sur le trône qu'il appela Michel-Ange; mais il hésita

plusieurs mois avant de choisir l'ouvrage auquel il l'emploierait. Il

eut enfin l'idée de se faire faire un tombeau. Michel-Ange présenta un

dessin dont le pape fut ravi. Il l'envoya en toute diligence à Carrare

pour extraire les marbres.

En se promenant sur cette côte escarpée, et qui, placée par la nature

au fond d'un demi-cercle, sert également de point de vue aux vaisseaux

qui viennent de Gênes et à ceux qui arrivent de Livourne, Michel-Ange

trouva un rocher isolé qui s'avance dans la mer. Il fut saisi de l'idée

d'en faire un colosse énorme qui apparût de loin aux navigateurs. Les

anciens, dit-on, ont eu le même projet; du moins les gens du pays

montrent-ils dans le roc quelques travaux qu'ils donnent pour un

commencement d'ébauche. Le colosse de saint Charles Borromée, près

d'Arona, n'est grand que par sa masse, et cependant ce souvenir surnage

comme celui de Saint-Pierre de Rome sur tous ceux que le voyageur

rapporte d'Italie. Qu'eût donc fait un colosse dessiné par Michel-Ange?

Après huit mois de soins il expédia ses marbres. Ils remontèrent le

Tibre, on les débarqua sur la place de Saint-Pierre qui fut presque

couverte de ces blocs énormes. Jules II vit qu'il était compris;

Michel-Ange fut dans la plus haute faveur.

Qu'on se rappelle ce qu'avaient été les papes et ce qu'ils étaient

encore pour un croyant, non pas des rois, mais les représentants de

Dieu, mais des êtres tout-puissants sur le salut éternel.

Jules II, dont le génie fier et sévère était fait pour redoubler

encore ce respect mêlé de terreur, daigna plusieurs fois aller visiter

Michel-Ange chez lui: il aimait ce caractère intrépide, et que les

obstacles irritaient au lieu de l'ébranler.

Ce prince alla jusqu'à ordonner la construction d'un pont-levis, qui

lui permît de se rendre en secret et à toute heure dans l'appartement

de l'artiste: il le combla de faveurs démesurées; tels sont les termes

des historiens.

Histoire de la peinture en Italie · 第 356 / 465 题