Après le groupe de la _Pietà_, les affaires domestiques de Buonarotti
le rappelèrent à Florence (1501). Il fit la statue colossale de David,
qui est sur la place du Vieux-Palais. On a trouvé l'acte passé pour
cet objet. Michel-Ange s'engage envers la confrérie de marchands qui
se réunissaient à Santa Maria del Fiore, à tirer une statue haute
d'environ neuf brasses (cinq mètres vingt-deux centimètres) d'un bloc
de marbre gâté longues années auparavant par un sculpteur ignorant.
Il doit commencer le travail le 1er septembre 1501. Il recevra
chaque mois, pendant deux ans, six florins _larghi_; de plus on lui
fournira les ouvriers nécessaires. Michel-Ange fit un modèle de cire,
construisit une barraque bien fermée autour du bloc de marbre, et
commença son travail le 13 septembre 1501. Il a fort bien résolu le
problème: Étant donné un bloc de marbre ébauché, trouver une attitude
qui lui convienne. Le David est debout; c'est un très-jeune homme qui
tient une fronde. L'on voit encore l'ancienne ébauche au sommet de la
tête, et à une épaule qui est restée un peu en dedans.
Il faut suivre les progrès du style de Michel-Ange. Dans le bas-relief
du _combat_, il règne une grande sobriété de contours convexes; il y a
moins de fierté, et même une certaine douceur d'exécution.
Le _Bacchus_ est plus grec qu'aucun de ses autres ouvrages.
Il y a encore un peu de douceur dans la _Pietà_ de Saint-Pierre.
Cette douceur expire tout à fait dans le _David_ colossal; depuis il
fut le terrible Michel-Ange.
Était-ce imitation de l'antique, ou imitation de la nature comme à
Bologne?
Soderini, étant venu voir la statue, dit qu'il trouvait un grand
défaut, le nez était trop gros. Le sculpteur prend un peu de poussière
de marbre et un ciseau, et, donnant quelques coups de marteau sans
toucher à sa statue, il laisse tomber à chaque fois un peu de
poussière: «Vous lui avez donné la vie,» s'écrie le gonfalonier. Vasari
fait les réflexions suivantes[405]: «A dire vrai, depuis que ce _David_
est en place (1504), il a entièrement éclipsé la réputation de toutes
les statues modernes ou antiques, grecques ou romaines. On peut dire
que ni le _Marforio_ de Rome, ni le _Tibre_ ou le _Nil_ du Belvédère,
ni les _Géants_ de Montecavallo, ne peuvent lui être comparés, tant
Michel-Ange a su y réunir de beautés. On n'a jamais vu de pose générale
plus gracieuse, ni de plus beaux contours que ceux des jambes. Il est
certain qu'après avoir vu cette statue, l'on ne doit plus conserver
de curiosité pour aucun autre ouvrage fait de nos jours ou dans
l'antiquité, par quelque sculpteur que ce soit[406].»
Soderini donna quatre cents écus à Michel-Ange. Il lui avait fait
faire un groupe en bronze de _David_ et de _Goliath_, qui fut porté en
France, où l'on ne sait ce qu'il est devenu. Il en est de même d'un
_Hercule_ fait avant son voyage à Venise[407].
Des marchands flamands envoyèrent dans leur patrie un bas-relief de
bronze représentant la _Madone_ et l'_Enfant Jésus_. Il ébaucha une
statue de _Saint Matthieu_, qui se voit encore dans la première cour
de Santa Maria del Fiore, et qu'il abandonna peut-être comme ayant une
position trop contournée.
Pour ne pas laisser tout à fait la peinture, il fit pour Angelo Doni
cette _Madone_ qui est à la tribune de la galerie de Florence, et qui
y fait une si singulière figure à côté des chefs-d'œuvre de grâce de
Léonard et de Raphaël. C'est _Hercule maniant des fuseaux_. Il y a
entre autres dans le lointain quelques figures nues dont Michel-Ange
s'est amusé à détailler tous les muscles, en dépit de toute perspective
aérienne.
[405] Tome X, page 52, édition de Sienne.
[406] Au contraire, ce David est fort médiocre, et les jambes
surtout sont lourdes.
[407] Deux mètres trente-deux centimètres de proportion.