La jolie devise italienne _cheto fuor, commosso dentro_, n'aurait rien
dit dans l'antiquité, où chaque homme avait des droits en proportion
de son émotion. Voilà des sources charmantes qui n'existaient pas
pour les beaux-arts. Le plus grand défaut d'une belle figure est de
ressembler à l'idée de beauté que nous avons dans la tête.
Ainsi le charme divin de la _nouveauté_ manque presque entièrement à la
beauté. Lorsqu'il s'y trouve réuni, il y a ravissement[365].
La laideur idéale, au contraire, possède cet avantage, que l'œil en
parcourt les parties avec curiosité. Dans les pays heureux, où l'âme
peut suivre le sentier brillant de la volupté, ce principe a la plus
grande influence sur la vie: mais les beaux-arts n'arrivent point
jusque-là.
L'_air mutin_, l'imprévu, le singulier, font la _grâce_, cette grâce
impossible à la sculpture, et qui échappe presque en entier aux Guide
et aux Corrége.
Quelle différence en musique! Cet air charmant de Rossini[366], cet
air de la plus grande beauté n'est point flétri par le plus triste des
caractères, l'imitation. Il est vrai que, pour les âmes vulgaires, la
peinture tient de plus près à certains plaisirs[367].
Avec quelle idolâtrie seront reçus les chefs-d'œuvre du Raphaël des
temps modernes, de l'artiste étonnant qui saurait ôter ce défaut à la
beauté!
[365] L'arrivée en Italie.
[366] Voir l'opéra de _Tancredi_. Je pensais ce soir, en
entendant ce chef-d'œuvre du Guide de la musique, que le degré de
ravissement où notre âme est portée fait le thermomètre du beau
musical; tandis que, du plus grand sang-froid du monde, si l'on
me présente un tableau de Louis Carrache, je pourrai dire: «Cela
est de la première beauté.»
[367] The smile which sank into his heart, the first time he
beheld her, played round her lips ever after: the look with which
her eyes first met his, never passed away. The image of his
mistress still haunted his mind, and was recalled by every object
in nature. Even death could not dissolve the fine illusion:
for that which exists in imagination is alone imperishable. As
one's feelings become more ideal, the impression of the moment
indeed becomes less violent, but the effect is more general and
permanent. The blow is felt only by reflection; it is the rebound
that is fatal. (_Biography of the A._)