Dans nos mœurs, c'est l'esprit accompagné d'un degré de force
très-ordinaire qui est la force. Encore même notre force, grâce à la
nature de nos armes, n'est plus une qualité physique, c'est du courage.
L'esprit est fort, parce qu'il met en mouvement les machines à coups
de fusil. Les modernes se battent fort peu. Il n'y a plus d'Horatius
Coclès. Ensuite l'extrême force est beaucoup moins utile dans les
batailles; et, pour les combats particuliers, c'est l'adresse à manier
l'épée ou le pistolet qui fait l'avantage. N'était-ce pas une grande
force, en 1763, que l'esprit de Beaumarchais? et il ne se battait pas.
Je ne parle pas, pour ce second beau idéal, de l'air de santé, qui va
sans dire. Cependant, dans la déroute générale des qualités naturelles,
les couleurs trop vives donnent l'air commun. Une certaine pâleur est
bien plus noble. Elle annonce plus d'usage du monde, plus de cette
force que nous aimons.