L'ANTIQUITÉ N'A RIEN DE COMPARABLE A LA MARIANNE DE MARIVAUX.

Je ne crois pas que l'antiquaire le plus zélé puisse nier que

l'amour, tel que nous le sentons aujourd'hui, l'amour de mademoiselle

de l'Espinasse pour M. le comte de G..., l'amour de la religieuse

portugaise pour le marquis de Chamilly, tant de passions plus tendres

peut-être et du moins plus heureuses, puisqu'elles sont restées

inconnues, ne soient une affection moderne. C'est un des fruits les

plus singuliers et les plus imprévus du perfectionnement des sociétés.

L'amour moderne, cette belle plante brillant au loin, comme le

mancenilier, de l'éclat de ses fruits charmants, qui si souvent cachent

le plus mortel poison, croît et parvient à sa plus grande hauteur sous

les lambris dorés des cœurs. C'est là que l'extrême loisir, l'étude

du cœur humain, le cruel isolement au milieu d'un désert d'hommes,

l'amour-propre heureux, ou désespéré de nuances imperceptibles, la font

paraître dans tout son éclat.

Le Grec n'avait jamais ce sentiment; et, sans l'extrême loisir, point

d'amour[327].

Je ne parle ici que de cette partie du cœur humain que les formes

d'une statue peuvent trahir; elles sont une prédiction de moments

charmants, ou elles ne sont rien; il y a, sans doute, de l'instinct;

mais l'instinct est plus sensible à la peinture.

[327] L'amour est en Italie, et non aux États-Unis d'Amérique,

ou à Londres. La position d'Abailard, le plus grand homme de

son siècle, logé chez le chanoine Fulbert, aimant en secret

son écolière, qui adorait sa gloire, était _impossible_ dans

l'antiquité. _Plura erant oscula quam sententiæ, sæpius ad sinum

quam ad libros deducebantur manus._

Histoire de la peinture en Italie · 第 289 / 465 题