DE L'AMOUR.

Mais la force, la raison, la haute prudence, est-ce là ce qui fait

naître l'amour[326]?

Les nobles qualités qui nous charment, la tendresse, l'absence des

calculs de vanité, l'abandon aux mouvements du cœur, cette faculté

d'être heureuses, et d'avoir toute l'âme occupée par une seule pensée,

cette force de _caractère_ quand elles sont portées par l'amour, cette

faiblesse touchante dès qu'elles n'ont plus que le frêle soutien de

leur raison, enfin les grâces divines du corps et de l'esprit, rien de

tout cela n'est dans les statues antiques.

C'est que l'amour, chez les modernes, est presque toujours hors du

mariage; chez les Grecs, jamais. Écoutons les maris modernes: plus

de sûreté, et moins de plaisirs. Chez les Grecs, le public parlait

comme mari; chez nous, comme amant; chez les Grecs, la république,

c'est-à-dire la sûreté, le bonheur, la vie du citoyen, sanctifiait les

vertus du ménage; tout ce qu'elles obtiennent de mieux parmi nous,

c'est le silence; et il est assez reconnu qu'elles ne peuvent faire

naître l'amour que chez un vieux célibataire, ou chez quelque jeune

homme froid et dévoré d'ambition.

[326] N'aimions-nous pas mieux, au Musée, la charmante Hermione

de l'_Enlèvement d'Hélène_, du Guide, que les têtes plus

imposantes de l'antique? Qui jamais a été amoureux de la tête de

la _Vénus_ du Capitole ou de la Mamerca?

Le respect et l'amour ne marchent guère ensemble,

chez les modernes. Un Grec estimait son ami.

Histoire de la peinture en Italie · 第 287 / 465 题