DE LA DÉCENCE, DES MOUVEMENTS CHEZ LES GRECS.

Le bon air, à Athènes, ne différait guère de la beauté; c'était la même

chose à Sparte. Une mode passagère montrée par Alcibiade aux jardins de

l'Académie écartait bien un peu de la beauté; mais le courant des mœurs

y reportait toujours; car les changements rapides dans la mode tiennent

à la nullité du citoyen et à la monarchie.

On dit que le _bon air_ se remarque plutôt dans un homme en mouvement,

et la beauté dans une figure en repos. Faisons la part du mouvement,

c'est la source des grâces. C'est une exception charmante faite en

notre faveur à la sévérité de cette justice qui n'est plus que pour

nous défendre.

Tout ce qui reste de l'antiquité rend témoignage que les mouvements,

cette partie du beau que les statues n'ont pu nous transmettre, étaient

réglés à Athènes par les mêmes principes que la beauté des formes en

repos. Les manières d'un Athénien bien élevé montraient ces habitudes

de l'âme que nous lisons dans leurs statues: la force, la gravité,

sans laquelle alors il n'y avait point de haute prudence, une certaine

lenteur indiquant que le citoyen ne faisait aucun mouvement sans en

avoir délibéré.

On venait seulement de déposer les armes. Restait l'habitude de montrer

sans cesse la force prête à repousser l'attaque. Or l'homme dont les

mouvements ont une rapidité qui peut faire croire que, d'avance, il n'a

pas réfléchi à toutes ses actions, est si loin de montrer la force,

qu'il donne même cette idée qu'on peut l'attaquer à l'improviste, et

par là d'abord avec quelque avantage. La lenteur, la gravité, une

certaine grâce étudiée, régnaient donc aux jardins de l'Académie;

surtout rien d'imprévu, rien de ce que nous appelons du _naturel_,

aucune trace d'étourderie ni de gaieté. Le chevalier de Grammont et

Matha n'eussent paru qu'un instant dans Athènes pour passer aux

petites Maisons[318].

[318] Voilà un des avantages de la monarchie absolue tempérée par

des chansons, c'est de donner des Molière et des de Brosses. Un

Anglais, avec autant d'esprit que le président, qui serait allé

en Italie, nous eût laissé un voyage hérissé d'idées d'_utilité

publique_, d'idées de _punition_, d'idées d'_argent_; nous

n'aurions pas manqué de trouver en route quelque homme réduit à

la folie par l'excès du malheur. L'idée de justice et de malheur

extrême, si l'on manque à la justice chez un peuple dont le

tiers vit d'aumônes et qui est élevé à s'inquiéter sans cesse

des dangers de sa liberté, corrompt jusqu'aux ouvrages les plus

frivoles. Je ne trouve pas une seule idée triste dans les trois

volumes de de Brosses. La vie m'est montrée du côté agréable, et

l'auteur est naturel.

Histoire de la peinture en Italie · 第 279 / 465 题